12.07.2008

La naissance du nouveau Monde

En 1992, Francis Fukuyama prédisait la fin de l’Histoire universelle dans son livre : The End of History and the Last Man. Qu’en est-il aujourd’hui ? La situation internationale semble au contraire montrer que nous entrons dans une ère nouvelle et une modification profonde des rapports de forces s’installe peu à peu. Un nouveau monde se dessine devant nos yeux, et en ce moment même. Trois constats sont à porter au crédit de cette thèse :

Premier constat : Stabilisation de la situation au Proche-Orient. En Irak tout d’abord où la stratégie américaine commence à porter ses fruits. Le pays est encore très fragile, certes, mais il est à noter que la violence dans le pays a subi un très net recul. Une démocratie, timide mais réelle, voit le jour. Quant à Al Qaida, l’organisation a perdu largement de son influence, notamment après la mort de son chef en Irak : Abou Moussad Al Zarkaoui. Je vous renvoie à ce sujet à une chronique d’Alexandre Adler sur France Culture qui met en lumière la situation irakienne. Stabilisation en Palestine également où un improbable dialogue s’est renoué entre Israël, le Liban et la Syrie. Dialogue rendu possible grâce au retour de la diplomatie française dans la région. C’est un pari risqué qu’a pris Nicolas Sarkozy en choisissant de discuter avec le président Bachar El-Assad. Néanmoins, la Syrie, et derrière elle l’Iran, a semblé lâcher du lest dans la région comme en témoigne le projet d'ouvrir des ambassades entre Beyrouth et Damas. On peut donc se permettre d’espérer une impulsion nouvelle dans le processus de paix.

Deuxième constat : Naissance de l’Union pour la méditerranée, ou Union méditerranéenne. La querelle portant sur le nom à donner à l’organisation est caractéristique des dirigeants européens. L’essentiel c’est le rassemblement de pays membre de l’Union Européenne avec des pays du Maghreb et du Proche Orient. Faire s’asseoir à la même table le Président Bouteflika et son homologue israélien relève déjà de l’exploit. Si elle parvenait à péricliter, cette Union pourrait modifier considérablement la géopolitique dans lé région liant intimement l’Union Européenne à cette Organisation naissante. Historiquement, c’est une idée qui a du sens. Force nouvelle ou organisation marginale ? La suite des événements répondra. Reste que « la porte du Maghreb » pourrait permettre à l’Afrique dans son ensemble de sortir de sa situation actuelle.

Troisième constat : Avec la libération d’Ingrid Betancourt, le mouvement terroriste des Farc a subi un revers sans précédent. L’organisation avait été sévèrement amoindrie après la mort de son chef historique : Manuel Marulanda Vénez. Aujourd’hui, l’Amérique Latine est en passe de voir s’éteindre la dernière guérilla communiste du continent. Avec elle, un vent de démocratie et de modernisme souffle sur la région et l’enthousiasme que suscite le retour d’Ingrid Betancourt en est une preuve tangible.

Alors, comment aborder ce nouveau monde ? Quels sont les défis à relever ? Il me semble que deux grands chantiers sont à mener en la matière. Premier chantier celui de la rénovation des organisations internationales et en premier lieu l’ONU. Il est urgent de remettre à plat le fonctionnement du conseil de sécurité, élargir le nombre de ses membres et réformer une structure qui date de la guerre froide. Remettre à neuf l’OMS et redéfinir ses missions afin que tous les pays puissent enfin accéder aux marchés, revoir le fonctionnement du FMI, trop souvent vu comme l’instrument des pays riches, etc. Deuxième chantier, lancer un processus d’interdéveloppement généralisé entre les pays industrialisés et les pays en développement. L’économiste péruvien Hernando de Soto disait à ce sujet : "ce qui manque le plus aux pays en développement, c’est le capitalisme". Des incertitudes subsistent : danger nucléaire, opposition Nord-Sud, pauvreté, etc. Nous sommes à l’aube d’un nouveau monde. Des opportunités sont à saisir et des menaces à prévenir. La question est la suivante. Qui, de ce nouveau monde ou de nous, façonnera l’autre ?