15.09.2009
La Taxe Carbone : Hold up, arnaques et trahisons
Dans l’histoire de la Vième République, rarement mesure aura été aussi lourde d’ambiguïtés et d’interrogations que la Taxe Carbone. A la fois bénigne dans son principe et lourde de conséquences intellectuelles, elle suggère beaucoup plus qu’elle ne dit, interroge plus qu’elle ne répond. Et on peut s’étonner de l’ampleur relativement faible et désaxée des débats qui ont entouré l’annonce de cette mesure. Quelle virulence en revanche pour commenter les boutades de fin de semaine de Brice Hortefeux ! Tout se passe comme si l’hallali était déjà donné, comme si toutes les consciences étaient déjà soumises à ce qui s’annonce comme la nouvelle religion de l’époque : l’environnementisme. Le mécanisme gommant et broyant de la pensée unique s’est déjà mis en branle. Claude Allègre en a fait les frais, se voyant qualifié de négationniste du réchauffement et de « néo-scientiste » par des gens qui semblent ignorer le principe fondamental de toute science : un scientifique a le devoir de réfuter les théories scientifiques pour en éprouver la véracité. Tout cela est balayé, sacrifié sur l’autel de la démagogie et du terrorisme intellectuel.
Saisissant l’opportunité au vol, Ségolène Royal a dénoncé cette taxe carbone, toujours talentueuse dans l’exercice qui consiste à décrypter et comprendre les mouvements sociologiques de l’époque : la majorité des Français est opposée à cette taxe. Elle a d’ailleurs raison lorsqu’elle affirme que cette taxe est injuste et inefficace. Injuste car elle ne touchera pas les personnes qui polluent le plus. Elle touchera les personnes qui n’ont pas le choix de polluer moins et qui sont le plus souvent issues des classes pauvres et moyennes. Les personnes aisées auront le choix, puisque ayant les moyens de s’équiper d’installations écologiques, elles se soustrairont à cette taxe. Cet impôt qui refuse de dire son nom touchera les pécheurs, les agriculteurs, ceux qui habitent à la campagne ou en montagne. Lorsque l’on déplore le dépeuplement des campagnes et l’engorgement des villes, il est surprenant de vouloir mettre en place une taxe qui pénalise ceux qui choisissent la vie en dehors des agglomérations. En outre, ceux qui en seront le moins redevables seront ceux qui peuvent se permettre d’habiter en plein centre ville, souvent les classes les plus aisées. Socialement injuste, cet impôt démontre la contradiction profonde d’un parti écologiste qui se prétend incarner une partie de la gauche et qui prône la mise en place d'une telle mesure. Une fois de plus, les classes moyennes paieront le prix de l’air du temps.
Sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché », Eric Zemmour a emmené Cécile Duflot au bout du raisonnement d’une idéologie environnementiste qui prône, à mots couverts, la décroissance par la baisse du pouvoir d’achat des classes moyennes et pauvres. Une idéologie qui nie le progrès au nom d’une communion bien-pensante et bucolique avec la nature. Ce rouleau compresseur de la pensée a déjà fait des dégâts sur les esprits et il est devenu, en l’espace de quelques mois, interdit de remettre en cause l’idée du réchauffement et de son influence anthropique. Or ce débat est aujourd’hui loin d’être tranché contrairement à ce qu’affirment médias et intellectuels sur un ton convenu. « Allègre est le seul scientifique à remettre encore en cause l’origine humaine du réchauffement climatique ». Cette affirmation est un mensonge. Tous les scientifiques ne sont pas convaincus que la terre se réchauffe et tous les scientifiques n’attribuent pas le principe du réchauffement à l’activité humaine. Une théorie scientifique doit pouvoir être contestée, remise en cause, contredite et il n’y a qu’à lire le rapport du NIPCC ou les milliers de signatures réunies par la pétition du site http://www.sepp.org/ dénonçant le protocole de Kyoto pour se convaincre, non pas que le réchauffement n’existe pas, mais que le débat n’est pas clos.
Il ne s’agit pas ici de nier les dangers que peut entraîner l’action humaine sur la nature. La pollution, la déforestation ou la contamination des nappes phréatiques sont des questions inquiétantes et elles mériteraient sans doute plus d’attention que celle du réchauffement. Il ne s’agit pas ici de nier ces problèmes. Il s’agit en revanche de remettre en cause un discours culpabilisant et lénifiant. Il s’agit de refuser la dictature intellectuelle de l’écologisme et de toutes ses implications. Le débat sur le réchauffement climatique n’est pas terminé, il ne fait même que commencer. Cette taxe carbone est donc extrêmement prématurée et on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là un formidable coup d’esbroufe pour lever un nouvel impôt à peu de frais dans l’optique de colmater les fuites d’argent d’un Etat toujours plus dépensier. En se drapant de la vertu écolo-bobo et en revenant sur ses promesses de campagne, Nicolas Sarkozy ne lève-t-il pas un nouvel impôt pour financer le déficit abyssale français ?
Politiquement, la tactique est géniale et il faut concéder cela au chef de l’Etat. En menant une telle mesure, il renforce son image de précurseur dans les grands débats de société et de capitaine de navire, capable de prendre une décision alors même que la majorité des Français la désapprouve. Il l’a d’ailleurs annoncé : De Gaulle a mené la décolonisation, Mitterrand a signé la fin de la peine de mort contre l’avis des Français de l’époque, la taxe carbone sera la réforme phare de sa présidence. Elle lui permet également de préparer les régionales. Les verts seront-ils réceptifs aux appels de pied de l’UMP ? Comme le disait Jean-François Coppé « Il y a peut-être de quoi discuter ». Nous ne sommes qu’au commencement des grandes manœuvres. De son côté, Ségolène Royal en brillante stratège politique a immédiatement saisi le coût social de cette mesure et s’est emparé du porte-voix de la contestation. Seule contre tous, une stratégie dont elle est désormais coutumière et qui, il faut l’avouer, lui réussit assez bien. Les verts quant à eux ont réussi à imposer leur calendrier aux débats. La taxe carbone, mesurette si l’on en juge la part française du dégagement de CO2 dans le monde, à réduit aux silence les débats sur des sujets autrement plus importants tels que le financement de la sécurité sociale, la question toujours évincée de l’identité nationale, les problèmes liés à l’immigration, etc.
Cette taxe carbone est donc une mesure hautement symbolique. Elle marque le premier renoncement face à l’idéologie environnementiste. Idéologie est un mot qui a du sens. Jean-Louis Bourlange, intervenant pendant l’émission de radio « l’esprit public » dimanche dernier montrait les extrémités d’un tel système de pensée et décrivait une véritable société Orwellienne dans laquelle l’individu ne serait plus caractérisé que par sa trace écologique. On en est loin ? Pas totalement certain si l’on considère la porte ouverte par la taxe carbone au recensement des foyers en fonction de leur dégagement en CO2. La taxe carbone a tout de la mesure emblématique plus symbolique qu’efficace. Et inefficace car le pourcentage de CO2 dégagé par la France est négligeable au regarde des grands pollueurs que sont les Etats-Unis ou la Chine. Pourquoi donc la question de la taxe des produits issus des pays polluant à l’entrée du territoire n’est-elle pas débattue ? Pourquoi la formule du droit à polluée n’est pas plus discutée ? Ces questions resteront occultées. Quant au bon sens, il sera assurément le grand perdant de cette bataille.
19:07 Publié dans Politique et reflexion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : taxe, carbone, gouvernement, écologie, renoncement, verts, ump, ségolène, royal, sarkozy, président
27.07.2009
L'été, les pastèques et l'Europe
La vague verte aura-t-elle finalement eu lieu sur la France et plus encore sur l'Europe ? Non, et ce, en dépit des résultats satisfaisants réalisés aux dernières élections européennes. Il est intéressant de noter le lexique plus que mélioratif utilisé pour caractériser la prestation des écologistes lors de ces élections. Certains médias sont allés jusqu'à parler de "victoire", "nouvel âge politique", signe de la sympathie (complaisance?) dont bénéficie Daniel Cohn-Bendit et ses amis dans la nomenclature médiatique. Et les Verts de se croire au crépuscule d'un grand soir environemental, s'imaginant déjà un destin national, comme en témoigne le refus des écologistes de s'allier au PS lors des prochaines élections régionales. A croire que Le petit poucet écolo pourrait faire cavalier seul et se faire un nom opposable aux deux mastodontes que sont l'UMP et le PS ? Il est vraisemblable que non.
Plusieurs raisons à cela et la première, c'est que les résultats des Verts à ces élections ont été largement surévalués, tant en quantité qu'en qualité. L'occasion de rappeler ici le score du parti écologiste aux européennes de mai dernier : 16%, plaçant le parti en troisième position, il faut le rappeler, derrière le PS et l’UMP. Ramené au taux de participation, ce score correspond à un électorat d’un peu moins de trois millions de personnes. On est loin d’une vague verte qui aurait balayé la France pour porter au parlement européen les députés du parti écologiste. On est encore plus loin d'une "conscience écolo européenne". Drôle de victoire en réalité que celle du troisième concurrent d’une course. D’où ce constat : le résultat de « Dani le rouge », (le rouge ou le vert ? on fini pas s'y perdre), a été nettement surestimé dans les médias. D’autant que le vote écologiste n’a rien d’un engouement large et convaincu. Le score des Verts à ces élections traduit bien plus l’absence des autres partis sur le terrain européen qu’une réelle adhésion des citoyens aux idées écolo. Rarement les grands partis, UMP, PS et Modem, auront été aussi inexistants concernant les projets d'Europe. Quid d’une réflexion sur l’orientation à donner à la construction européenne ? Alliance économique ou construction fédéraliste ? Nul n’a répondu à ces questions, ni n’en a esquissé les contours. Manquement d’autant plus dommageable que ces interrogations deviennent désormais incontournables.
En effet, tout le problème de l’Europe est là : que fait-on maintenant. La plupart des pays européens ont intégré l’union, nous nous sommes dotés d’une monnaie commune, un parlement, une cour de justice, reste à définir - et la tâche n’est pas aisée - la fonction de tous ces instruments. La résistance suscité par les essais balbutiants de constitutions – Lisbonne et le traité constitutionnel - traduit cette suspension dans laquelle se trouve l’Europe après cinquante ans de marche en avant enthousiaste. La machine s’est grippée dès lors que les populations ont été sollicitées au moment des différents référendums sur la question. Il fallait s’y attendre. Lorsqu’on a construit une machine loin des masses et qu’on entreprend ensuite les associer à son fonctionnement, il y’a des résistances, des incompréhensions et des frustrations. Ajoutons les coups de boutoir successifs assenés par les politiciens nationaux, trop heureux de pouvoir défausser leurs manquements sur une Europe bouc émissaire et ç’en était fait de cristalliser toutes les crispations contre la construction européenne. Cette stratégie a si bien fonctionné que l’Europe s’est vue reprocher tout et son contraire : trop libérale et trop sociale à la fois, destructrice des nations et trop effacée, lente et trop rapide à la fois. Toutes les pierres lui ont été jetées.
Dans cette situation, aucun des grands partis n’est venu apporter des réponses ou des orientations pour le futur de l’Europe. Il était dès lors aisé pour les écologistes de tirer leur épingle du jeu. Et le citoyen a en effet préféré un vote « utile », ou du moins « éco-responsable », à un vote de convenance pour tel ou tel parti. C’est donc un suffrage par défaut et non par engouement qui a servit les bons résultats de Daniel Cohn-Bendit et de ses amis. Le tout soutenu par un marketing angélique et esthétique à la sauce Artus-Bertrand, un peu à la manière du tub de l’été. En somme, l’écologie était dans l’air du temps cette année. C’était tendance. Cette stratégie a payé pour une élection européenne, éloignée du quotidien des citoyens et dénuée de programme crédible à gauche ou à droite. Il n’en sera pas de même lors des prochaines échéances électorales. Il n’en sera pas de même puisque la stratégie de la pastèque, vert dehors, socialiste à l’intérieur, décrédibilise le discours des écologistes. L’écologie n’appartient ni à la gauche, ni à la droite. Elle ne peut être qu’un thème affranchi de la main mise d'un parti, tout comme le sont la sécurité, l’emploi ou l’immigration. L’écologie ne peut appartenir à un groupe et devrait pouvoir s’inscrire dans les programmes de toutes les formations politiques. C’est en cela que toute ambition présidentielle d’un candidat écologiste semble vaine. En d'autres termes, Les écologistes ne pourront jamais prétendre à un autre rang que parti d’influence et de parlement, car ils sont nombreux ces sympathisants UMP qui ne voteront pas écologiste en raison du positionnement étriqué des Verts, coincés entre le PS et le NPA, faisant jouer l’alliance au plus offrant.
Ainsi, il est bien téméraire Daniel Cohn-Bendit quand il prétend pouvoir se passer d’une alliance avec le parti socialiste aux prochaines élections régionales. Les résultats des européennes lui ont fait pousser des ailes, mais comme Icare, à vouloir voler trop haut, on se brûle et on tombe dans les limbes de l’Histoire politique.
18:54 Publié dans Politique et reflexion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : verts, écologie, politique, europe, nation, france







