23.07.2009

Toute la musique que j'aime...

6a00d8341c026253ef00e54f74e1518833-800wi.jpgIls sont rares ces instants pendant lesquels on a la certitude de vivre pleinement le monde qui nous entoure. Ces instants pendant lesquels on a cette sensation de ne faire qu’un avec la réalité. Ils sont précieux ces moments là. On ne les savoure jamais assez, on ne les savoure pas,tout  simplement. On n'en mesure tout le bien que lorsqu’ils s’évanouissent. Dans un murmure, parfois. Dans un fracas titanesque parfois. Je reviens du concert de B.B.King…

21h00. Monsieur B.B King entre en scène après vingt minutes d'une chauffe en règle par ses musiciens. Il a le pas lent et hésitant. Le pas de ceux dont la balance du temps penche du côté des années passées. Mocassins lustrés, veste de smoking à paillettes et nœud papillon, la foule se lève pour le saluer. Du haut de ses quatre-vingt trois ans, le bluesman est toujours debout. Encore qu’il ne joue plus debout depuis quelques temps, il joue assis. Il l’explique : « some of you may be surprised to see me sitting, I’m a very very old man ». Et l’homme d’engager la conversation avec le public. Parce qu’un concert avec Monsieur B.B.King, c’est un peu comme de parler avec un ami. On rit, on est ému, on s’amuse, on se confie l’un a l’autre. Il est un monument d’élégance, tant sur ses manières que sur sa façon de jouer. La scène est magnifique. Ses musiciens l’accompagnent, tous habillés d’un smoking noir. Les Gibsons sont resplendissantes et font pâlirent d’envie le guitariste que je suis. Les cuivres scintillent sous les projecteurs et jettent un peu d’or aux couleurs mordorées qui règnent sur la scène. Son indéboulonnable sourire sur le visage, B.B King explique qu’il ne parle pas très bien français et que ce soir, le public devra se contenter d’un accent du Mississipi. Qu’à cela ne tienne, les spectateurs sont conquis d’avance. Et les premières notes résonnent dans la salle.

De sa voix rocailleuse, il chante le blues. Il le joue aussi et de sa Gibson noire, signée à son nom, retentissent les sons chauds et torturés si caractéristique de cette musique. C’est ainsi, le blues. Ca vous prend aux tripes. Une claque en pleine figure. Ca vous envahit d’un indicible bonheur. Un bonheur enthousiaste pour le boogie, un bonheur triste pour le blues. Le bluesman chante à celle qu’il aime « I need you so much, will you miss me? ». La salle tremble et vibre. Mais si triste que soit la chanson, la conclusion est ce bonheur simple et sincère qu’est le blues. Bonheur d’être ensemble et de chanter sur les mêmes airs. Le Blues, ca vient du cœur et ca vous le retourne. Ca secoue le monde de toute sa poussière grise et ça vous rend nécessairement les couleurs plus vives, plus puissantes et plus belles. C’est une musique résolument bienfaisante, le blues. Pas prétentieuse en plus de cela. Ca sait d'où ça vient. Toute la palette des émotions humaines y passe. Ca remue tout, ça mélange tout, ça vous submerge. Ca vous donne envie d’être meilleur. Ca vous rend tout conscient de vous-même. C’est simple et pourtant, c’est suffisant. Ca n’est pas guindé, ça n’est pas surfait. Tout se fait à l’improvisation. Improvisé mais pas avare, ça en communique de la joie. Dans la pénombre attentive de la salle, toutes les jambes sont emportées et battent la mesure, les têtes sont prises dans un irrésistible mouvement de swing et les mains ne peuvent se retenir plus longtemps. Les corps se doivent de bouger, répondant à ce merveilleux appel de la musique et du Blues.

Au sortir de la salle, les oreilles sont encore toute emplies de cette heure et demie passée avec ce grand Monsieur de la musique. Un humaniste à sa façon. Le Mississipi ca vous produit ce genre d’homme authentique, sans jugement ni distance. Sur les visages des spectateurs, le sourire. Comme si celui qu’arborait B.B. King venait de contaminer une salle entière. Lui ? il est parti. Une heure et demie, c’est court, mais pour le vieil homme c’est toujours une épreuve. Il est descendu de la scène, redingote et chapeau sur la tête dans une dernière révérence et un singulier « thank you so much ». C’est nous qui vous remercions. Vous avez mis beaucoup de musique, de couleur et de joie dans nos cœurs ce soir. Dans une époque si troublée que la notre, il n’y a pas de plus beau cadeau. Merci, Monsieur B.B. King…