07.06.2009

Dialogue sur l'Amour et ses fondements

 

le_baiser_hotel_de_ville.jpg

 

Vidale : Ah ! Calderon, mon ami. Que je suis bien aise de vous trouver ici. Mon cœur déborde et il me faut le vider du trop plein de bonheur qu’il renferme. Ecoutez ! Ecoutez donc !

Calderon : Mais enfin, que vous arrive-t-il très chère ?! Vous voila animée, bondissante et bouillonnante telle une puce. Dites moi enfin ce qui vous transporte !

Vidale : Ah ! Mon Calderon.

Calderon : Et bien ?

Vidale : J’aime !

Calderon : Ah ! La belle affaire…vous aimez ?

Vidale : Oui, môssieur, j’aime ! Vous pouvez bien faire le railleur. Oh, je vous connais, vous et votre manie de toujours tout voir en gris. Ou plutôt en noir. Oui, vous voyez toujours tout en noir. Remarquez, je ne vous blâme pas. Mais moi, je vois la vie en couleur, je vois la vie à travers le plus beau et le plus admirable des prismes. En un mot : l’Amour ! Vous êtes un pessimiste en somme. Un petit broyeur rien de plus. Un broyeur de noir. Au fond, je vous plains, mon ami. Quand on ne broie que du noir, on ne peut avoir le cœur rempli que de fade et d’insipide. Le mien est rempli de joie et d’envies nouvelles, sans cesse renouvelées.

Calderon : Donc, vous aimez…

Vidale : Oh oui ! J’aime ! Et j’aime un homme, le plus beau qui soit ! Il est de ces princes, puissant et honnête. Il terrasse de sa fougue les montagnes et emporte les évènements dans le lit de sa volonté, comme des petits ponts de bois. Oh, comme vous l’aimeriez vous aussi, si vous le voyiez ! Et comme il est fort ! On dirait qu’il fut taillé dans le marbre par un maître. Pas sot de surcroît. On jurerait qu’il a été nourri à la poésie dès l’enfance. Oh, il faudrait que vous l’entendiez. Il est de ces gens cultivés qui ont un avis sur tout. Il bataille tant sur le terrain de la philosophie que celui de la peinture ou la musique. Toujours prompt à engager la joute orale, il brille chaque fois par la finesse et la grâce de ses vues. Il est, enfin, il est…Ah ! Je n’ai point assez de mot pour le dépeindre. Voyez comme il m’enivre et me bouleverse. Je suis heureuse Calderon. L’Amour est une merveille qui vous inonde le cœur de bienfaits et vous berce vers le plus beau et le plus admirable des pays.

Calderon : Oh, pour voir, je vois. Et cet homme vous aime t-il en retour ?

Vidale : Et bien, pour tout dire, nous n’avons encore eu l’occasion de nous rencontrer. Mais enfin, je l’aime, et quand il verra la vérité de mon cœur, il saura à son tour envers qui le sien doit se lier. Je suis sûr que chacun de nous possède son âme sœur en ce monde. Toute la tâche est de la retrouver parmi la multitude. Certains réussissent, certains échouent. Et moi, je crois l’avoir trouvé. Nul doute en moi. A l’instant où je l’ai vu, j’ai su. A dire vrai, mon cœur et mon corps l’ont su. Sans pouvoir l’expliquer, je fus saisie de sueurs et de vertiges. Mon souffle s’est accéleré. Ma tête était lourde, ennivrée dans la puissance de son parfum, ma vue se brouillait à la vue de son visage, mon âme a vacillé dès qu’il m’a effleuré le bras pour me laisser passer devant la porte. Je n’étais plus sur d’être moi-même, tout était devenu incertain. J’étais bouleversée. Mon corps l’avait senti bien avant mon esprit. Il avait reconnu cet autre corps auquel il ne demandait qu’à se lier. Mon esprit n’opposa pas de résistance, tant l’évidence s’imposait. Je su, tout simplement. Et je le su avec une certitude que jamais je n’avais éprouvé. Une certitude qui allait bien au-delà de la simple impression. Une certitude qui balayait d’un souffle puissant toutes mes convictions établies. Aurait-il fallu se jeter à terre, emporter les montagnes et remonter le sens du vent, je l’aurais fait sans la moindre hésitation. Car l’hésitation n’avait plus dès lors sa place en moi. J’étais tombé amoureuse. L’Amour est sans conteste la plus belle des affections. C’est une maladie, l’Amour. Mais c’est la plus belle qui soit. Elle est si puissante qu’elle peut se transmettre avec la plus simple et la plus extraordinaire douceur du monde. Mais je parle, je parle. Je m’emporte. Je ne sais comment aller lui avouer, je ne sais comment lui exprimé la puissance du sentiment qui m’anime. Ah, mon Calderon, quelle tourmente que cette incertitude !...

Calderon : (il marque un temps afin de s’assurer qu’elle ait terminé) Si vous avez terminé, permettez moi de vous dire que je ne vois rien de bien extraordinaire la dedans. Je m’étais attendu à ce sujet, à vous voir rêver à votre balcon, guetter nerveusement le passage dans la rue et envoyer la bonne à chaque heure s’enquérir du courrier. Si vous voulez mon avis, tout cela n’a pas grand-chose à voir avec l’Amour. D’ailleurs, pour vous dire le fond de ma pensée, l’Amour, ça n’existe pas.

Vidale : L’Amour n’existe pas ?

Calderon : C’est ce que je prétends, en effet. Ô que de beaux mots, que de belles formules emportées. Elle est belle votre amourette, et elle sera encore plus belle lorsqu'elle s'apercevra que  le bellâtre est un benêt dégénéré, libidineux dégoulinant et pas plus futé qu'une courge alignée sur l'étale d'un marché de campagne.

Vidale : Ahah ! Mon pauvre Calderon, comme votre vie doit être triste. Comment peut-on nier l’Amour ? N’avez-vous donc jamais connu ce tourment qui vous prend, vous secoue et vous emporte à la vue de quelque charmante personne ? N’avez-vous jamais senti votre respiration s’emballer au simple contact d’une peau ? N’avez-vous jamais été perdu dans le regard d’une belle amie ? Enfin donc ? N’avez-vous donc jamais aimé ? Ah, comme je vous plains si vous soutenez que l’Amour n’existe pas. Moi, j’aime, de tout mon cœur. A chaque instant j’espère qu’il va bien et qu’il est heureux. J’aime tout ce qu’il fait, tous ses projets me submergent d’admiration. Sa voix me fait tressaillir et la vue de sa personne me transporte à mille lieux. Quand je suis avec lui, je ne pense plus à rien, je suis dans un pays lointain, protégée et apaisée. Nul besoin de nous parler pour nous comprendre. Il est tout pour moi, je suis tout pour lui. Un seul regard suffit à dire toutes les conversations du monde. Une même flamme nous anime et avive notre plaisir. Mon Amour, c’est une communion, mieux, une fusion. Nous ne faisons plus qu’un. Comment résister à tant de douceur et de tendresse ? Et vous osez, vous, soutenir que l’Amour n’existe pas ?

Calderon : C’est ce que je soutiens.

Vidale : Laissez-moi-vous dire qu’il n’est rien de plus fort que l’Amour en ce monde. Il n’est point de force plus grande et plus bouleversante. N’a-t-on jamais vu pareil sentiment ? Un sentiment si puissant qu’il vous fait oublier tout ce qui vous entoure. Voyez vous-même. Moi qui aime, je peux bien vous le dire. Ah, il n’est rien de plus doux. Tout mon être est enchaîné à son image : va-t-il bien ? Est-il heureux ? Et chaque jour, je pourrais le passer à contempler mon bel amant. Je pourrais passer une vie à l’aimer cet apollon. Quand on aime, tout est plus simple, Calderon. La vie prend alors une saveur plus épicée, elle vous semble soudain légère et gaie. Vous êtes empli d’une énergie nouvelle et bienfaisante. Aimer, c’est ce qu’il y’a de plus merveilleux au monde. Vous êtes lui, il est vous et les corps des amants ne forment plu qu’une seule et même unité. Perdu l’un à l’autre, abandonnés l’un pour l’autre. L’Amour, c’est une explosion qui vous change à jamais. Avec lui, vous pouvez faire le tour du monde sans jamais changer de place. Il vous transporte comme aucun navire ne pourrait le faire. En un mot, Aimer, c’est vivre. Une vie sans Amour, c’est une vie triste, morne et vouée au désespoir.

Calderon : Que voila un raisonnement savant et enflammé. Mais savez-vous, ma chère amie, que toutes vos théories s’accordent bien mal avec la brutalité de la nature humaine ? Ils sont beau vos discours, mais ils oublient la plus élémentaire des règles de la vie humaine : les relations amoureuses sont une guerre. Ni plus, ni moins. Et votre bel Amour, il est loin. L’Amour, le vrai, il ne commence que lorsque la passion s’éteint. C’est bien facile la passion. On vit dans une sorte de beau mensonge auréolé. Une petite bulle bien dorée qui cultive l’hypocrisie à souhait, en somme. Il n’y a là aucun mérité puisque la passion est aveugle. Elle vous monte la tête comme un beau monument. C’est toujours à ce moment là qu’il se ramène, L’Amour. C’est terrible, l’Amour, c’est un combat. Une guerre faite à soi. Une guerre faite à autrui. C’est la reconnaissance de toute la petitesse de l’autre. C’est la découverte de l’autre dans tout ce qu’il a de plus misérable. Fini les petits mensonges amidonnés, fini les belles hypocrisies. Quand l’Amour se pointe, l’autre vous revient à la figure comme un vilain coup de crosse. C’est difficile d’aimer. C’est un chemin infini et laborieux. C’est une pénitence. C’est d’autant plus dur qu’à mesure qu’on déteste l’autre, on se déteste soi-même. On se déteste dans cette monotone stabilité qui nous enchaîne et nous englue. L’Amour se reconnaît dans nos petites bassesses, nos petites misères. La passion, oui. Elle est belle comme la nature au printemps la passion. Et puis, l’hiver de l’Amour se pointe. C’en est alors terminé du merveilleux, du mystérieux. Là est la tragédie. Lorsque le mystérieux se dissipe, il ne reste plus rien que la crasse et l’immondice. Comme si toute la lie de l’âme humaine vous sautait en plein figure, histoire de bien se rappeler à vous. Lorsqu’on a découvert cette immondice, alors il faut choisir, partir ou rester. Rester ne résoudra rien hélas. L’immondice ne partira pas. Elle restera là. Plantée sur vos pieds. Et vous de vous demander quoi faire de tout ce spectacle. Partir vous plongera dans la solitude la plus brutale et la plus empoisonnante. La crasse et l’immondice ; Là seulement commence l’amour. Jamais avant. Mais on aime à se mentir. On aime à se raconter que l’Amour, c’est facile. La passion, c’est tout rose, tout est simple. Mais ca n’est pas cela, l’amour. L’Amour, ca sent la merde au quotidien. Ca empeste notre vie et l’odeur rance n’en quitte plus jamais les murs de notre vie. Et on choisit de vivre avec ça. C’est ça l’amour. Avant cela, tout n’est que dorures, illusions et mensonges. L’amour, c’est la vérité. La vérité crue et moche. Remarquez, ce qu’il y a de bien, c’est qu’on le sent venir, l’amour. Il ne vous prend pas en traitre, l’Amour. Tous ces petits matins ou l’on se réveille à côté de l’autre et qu’il nous dégoute. Il nous dégoute doucement mais surement. Chaque matin, on se retourne vers l’être qui partage notre couche et on en a la nausée. Il vient de là, l’Amour. Notez qu’il n’est pas prétentieux, l’Amour. Il vous dégoute comme ça, à petit feu. Il ne vous saute pas dessus comme un politicien un soir de campagne. Non, non. Lui, c’est un pervers. Il vous ronge en silence. Et laissez-moi vous dire ceci : l’Amour, c’est aussi la cuvette des cabinets non tirée le matin…

08.02.2009

La chevelure

739px-Claude_Monet_004.jpg

Renaud chantait qu’on reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va. Toi, tu es partie doucement, simplement. Tu es ainsi, légère et délicate. Mais sur ce quai de gare, j'étais assourdi. Je n’entendais plus rien sinon le hurlement du monde et de la machine qui se met en marche. Ma tête résonnait et tambourinait de tout son saoul, chaque battement, chaque sourcillement, chaque caresse cognant d’autant plus fort à mes oreilles. Tu t’en es allée, comme ça, ignorante de tout ce silencieux vacarme qui me brisait.

Seul, je rentrais à la maison, sentant le poids insoutenable de la mélancolie sur moi à chaque pas, encaissant les gifles de l’air sur mon visage et la proximité haineuse de tout ce monde qui m’entourait. Jamais décors ne m’avait semblé si laid et repoussant depuis que tu en étais sortie. Et ce soleil si resplendissant auparavant ne brillait déjà plus que d’une pâle lueur, froide et asservie par l’épaisseur des nuages. La ville m’était devenue hostile. Elle qui t’avait accueilli avec tant de chaleur et d’allégresse semblait me condamner pour t’avoir laissé partir. La porte passée, mon appartement lui-même me rejetait derechef. Toute chaleur l’avait abandonné et je ne pouvais y demeurer plus longtemps. Ton parfum enivrant imprégnait encore le tissu des fauteuils, dernier vestige de ta présence qui avait su emplir les pièces de tant de gaité et de lumière. Je m’effondrais sur mon lit.

Que faire ? Toute activité me paraissait si vaine que je ne souhaitais plus rien sinon dormir. Et alors que je sombrais avec soulagement dans l’evanescence réconfortante du sommeil, quelque chose frôla mon visage. Une douceur infinie balaya ma peau. Croyant sentir une de tes caresses, je me levais en sursaut, prêt à t’étreindre à nouveau. Devant mes yeux, il n’y avait rien d’autre que cette chambre vide qui semblait se délecter de mon infortune. La caresse que j’avais senti finissait de glisser sur moi et vint mourir entre mes mains. J’étais seul, mais entre mes doigts reposait le plus inestimable des trésors, le plus beau des cadeaux, un de tes long cheveux. Ainsi je restais seul, perdu et transi dans le souvenir onduleux de ta chevelure. J'étais seul, mais j'étais heureux...

09.07.2008

Aintsedra

gauguin_or_de_leur_corps.jpg

 

Sombrent les heures,

Si chères à mon cœur.

Le cœur est droit, l’œil est vif,

Le vent du sud déjà s’attarde sur mon visage,

***

A mon cœur volent de douces fragrances,

Couleurs suaves, parfums étincelants,

C’est tout un monde qui m’appelle,

La décision est prise, que meurt ma vie,

Puisque je suis à vous, je pars, je m’en vais.

***

Par delà les mers, adieu ma terre, adieu mes souvenirs,

Je vous quitte, vibrez une dernière fois pour moi.

Elle a fait sienne les terres de mon cœur,

En moi résonnent déjà les mélodies,

Les mélopées,  qu’on trouve là-bas.

***

Ses yeux sur moi se sont posés

Couleurs pastelles, paysages mystiques

Tout en elle n’est que mystère et mirage,

Ensorceleuse, en moi tout succombe.

***

Mille frégates ne suffiraient pas, en moi

Sonne la cloche du départ.

Je suis parti, au loin des rivages,

Ma vie est là-bas, sa terre, mon pays,

Je rêve, je vogue, en un transport

Douceur et quiétude au creux de ses bras.

***

Mon pied à terre, un tourbillon

Paradoxe et incohérence, tout se mélange en moi.

Chemin sans fin sur cette petite île,

Ombre de mes jours, lumière de mes nuits,

Elle me guide, je la perds, la voila, elle avance

***

Rivage aux mille faiblesses, en elle le plus pur subsiste

Toi mon rayon, toi ma Sion

Dans tes bras pourrais-je m’oublier,

Dans mes bras pourrais-tu te lover

Attention l’heure tourne, l’île s’éloigne

Plus qu’un pas, et à la fin tu as disparu…

 

St Germain, je me souviens

Cafe-de-Flore-Tot-le-Matin--C10008815.jpeg9h55, la sonnerie retentit et le professeur clôt la dernière heure de cours. Je m’élance hors de la salle, avide de profiter de ces premiers instants de vacances. C’est agréable les cinq premières minutes de vacances. Tout a une saveur un peu autre, tout semble plus simple et aussi proche soit elle, la perspective des études n’a jamais semblé aussi lointaine. Des sourires, des rires, chacun est un peu plus décontracté, on ne retrouve plus sur les visages, cette petite angoisse rituelle du matin, appréhension de la journée qui s’annonce. Aujourd’hui commencent les vacances, alors au diable les peurs, le stresse. Je monte dans ma chambre, je prépare mon sac, il faut faire vite, les parents attendent dans la voiture. Direction Paris avec au programme trois heures de routes. Il pleut un peu, mais qu’importe, rien ne saurait me mettre de mauvaise humeur aujourd’hui. On arrive bientôt en vue de la banlieue parisienne. En avant pour le grand ballet ! Un incessant va-et-vient de voitures, des immeubles, des passants, et le rythme des moteurs. Paris, nous voilà. On vaque jusqu’au soir, en compagnie d’une sœur, de cousins, ça fait plaisir de les voir. Les vraies vacances ne commencent que plus tard. Rendez vous à 19h devant le Panthéon avec Cyprien. Il m’attend, il rêve devant les grands hommes de la nation. Poètes, conquérants et tant d’autres m’attendent avec lui. Messieurs, je vous salue. Ma valise m’encombre, nous allons donc chez Cyprien la poser. Voilà la rue Mouffetard. Tout une légende. Ca grouille, ça bouillonne, on se croirait en plein jour ! Paris tout entier me semble réuni là. Des jeunes, des moins jeunes, on voit de tout, de tout genre, de tout style. Sac posé, équipement embarqué, cheveux coiffés, cous parfumés, nous voila parti battre les pavés du quartier latin. Une brasserie accueille nos estomacs affamés et nous dégustons de gigantesques salades autour d’une savoureuse bouteille de vin d’Espagne. Merveilleux mariage dans la nuit parisienne. Et savez le plus merveilleux ? Je suis là où j’ai envie d’être. Plongés dans notre folie bienheureuse, tout le monde nous regarde. Voilà les fous messieurs dames, ne prêtez pas attention, faites comme si de rien était, laissez les à leur bonheur insensé.

Une fois rassasié, nous partons à la découverte de la ville lumière, plongés dans la magie et le mystère de la nuit. A nous l’inconnu, à nous la liberté. Au détour des rues, nous faisons les rencontres les plus incongrues, ici la mobylette sans tête, là-bas le sieur Johnny Knoxville. Prochaine destination : St Germain-des-près, un nom qui sonne comme une valse musette et qui siège, dans mon esprit, à côté des Charles Trenet, des Edith Piaf, et tant d’autres. Qui nous y attend ? Claire Léa et une de ses amies. Guillaume et Emma nous rejoignent bientôt à la terrasse d’un drôle de bar dans lequel les serveurs pakistanais nous demandent sans cesse si tout va bien. Un martini blanc, des cacahuètes grillées, que demander de plus ?! Mais la soirée s’avance  et je glisse à Cyprien que mes jambes ont une folle envie de se dégourdir. La terrasse d’un café manque un peu d’énergie hélas ! Au revoir, à bientôt. C’est tout le monde qui se sépare tandis que Fabrice, un ami de Cyprien, nous a rejoint. Nous voila donc tous les trois livrés à la liberté de l’instant.

Tout nous est permis, tout nous est offert, rien ne peut nous arrêter ce soir. Fabrice nous emmène vers le bar “Chez George” qui, parait-il, vaut le coup d’oeil. De l'extérieur, un bar tout ce qu’il y’a de plus commun : des poivrots qui sirotent au bar, une musique de cabaret en fond. C’est néanmoins au sous sol que tout se passe. Au bas d’un escalier étroit se cache la cave qui sert de caveau et là, le choc…intrigant, atypique, fantastique ! Une musique jazz américaine des années trente, des gens qui dansent sur les tables, des gens qui boivent, des qui rient, d’autres qui pleurent, et ceux qui sont plongés dans je ne sais qu’elle conversation interminable. Tous, sans exception, ont un air un peu sulfureux. Incroyable comme endroit ! Prenez cette demoiselle noire, belle et mystérieuse, chemisier rouge et coupe afro, elle descend lentement les marches, tous les regards sont tournés vers elle, prenez cette demoiselle qui raconte pourquoi elle préfère les filles entourée d’une armée de jeunes gens. Les lumières tamisent le caveau d’une lumière rouge. On se croirait dans le repère d’un groupe de révolutionnaires clandestins. Nous nous faufilons non sans mal jusqu'au comptoir. Cyprien nous commande des verres d’un vin blanc absolument imbuvable, mais qu’importe, l’ambiance est survoltée. On se croise, on se frôle, on se frotte, difficile de faire autrement dans un espace si petit. Soudain, je la vois. Elle danse sur une table, rien d’anormal, tout le monde en fait autant. Pourtant je ne vois qu’elle. Cette fille a quelque chose de différent, un je ne sais quoi de fascinant, un je ne sais quoi de pétillant dans le regard. Nous nous melons à la marée dansante, remuante. De l’extérieur, Elle semble compacte et homogène tant les gens sont serrés. Mais cette fille est toujours là, elle reste juchée, perchée sur sa table, une Juliette dans la tour pour ce Roméo que je ne suis pas. Les regards fugitifs qui nous échangeons suffisent amplement pour que j’en tombe amoureux !

Il faut que je lui dise, il faut que je lui explique, il faut que je lui raconte, Je sors mon stylo, une facture et entame un billet que je projette de lui glisser dans la main lorsque nous partirons. Mais alors que nous aurions pu partir depuis longtemps, nous sommes encore là, nous nous prenons en photo et alors qu’elle aurait pu être ailleurs, elle est derrière nous, elle rie, elle fait semblant de se mettre avec nous sur la photo. Mademoiselle, voulez vous faire une photo avec moi ? Elle refuse, je suis à faire peur, rétorque t-elle. Non mademoiselle, vous êtes surtout trop modeste. Et allez savoir pourquoi, elle se met à me parler. Et on se met à rire. La nuit est douce et j’ai le cœur en fête. Mais cette nuit est encore longue, la chaleur du bar est un peu étouffante et l’agitation donne mal à la tête. Fabrice et Cyprien me proposent de partir. Adieu, nous quittons le bar. Je ne peux cependant pas partir sans lui dire au revoir. Je lui glisse donc un au revoir au creux de l’oreille. Passez une bonne fin de soirée mademoiselle, sachez que je ne vous oublierai pas. Mais mademoiselle rie : ils disent tous ça. Je me dois à mon devoir, je dois donc faire quelque chose qu’ils ne font pas tous. Et elle était sur ce banc, moi je levais les yeux vers elle et  tout a disparu en l’espace d’un instant. Tout aurait pu s’effondrer, l’espace d’un instant, j’étais à des milliards de kilomètres. Ce bar, Cyprien, Fabrice tout s’est envolé puisqu’elle m’a donné un baiser. Elle me regarde tout près, elle me sourit et me susurre à l’oreille : tu devrais rester. Ce regard dure une éternité. Les seuls mots que je suis capable de prononcer la font rire : je suis amoureux.  Le temps passe, je vois que Cyprien et Fabrice ont envie de partir, pas question de les quitter, je pars avec eux. Mademoiselle, je dois vraiment partir. Elle se penche et me souffle : vous ne m’avez même pas dit comment vous vous appeliez. Benoît, Marion, voilà faites les présentations. J’hésite et finalement : « voulez vous que je vous laisse mon numéro », « oui oui oui !!! », elle se jette frénétiquement sur le stylo et le papier que je lui tends et m’écris « Marion, 06… ». Je m’en vais dans un dernier baiser.

C’est comme si le monde avait changé de visage, tout a l’air plus drôle, tout a l’air plus beau, c’est mon nuage. St Germain, je me souviens. Nous rejoignons le café de Flores et Fabrice nous quitte à son tour, harassé. Nous restons seul avec Cyprien, lui et moi, rien que nous deux, poètes improbables et imprévus que nous sommes. Après tout, le titre importe peu quand on sent, quand on écoute, quand on ressent. C’est comme si la ville était un peu à nous. Tout est calme, le Louvre s’ouvre aux deux marcheurs qui le contemplent, ces deux fous qui l’observent à 3h du matin passé, il nous dévoile ses plus belles lignes, c’est comme si le monument nous parlait et nous disait de mieux regarder, de mieux écouter. Alors on ne dit rien, on regarde, on écoute. Ou plutôt : on se tait, on profite de ce moment, ce moment où tout est dit, où tout n’est que suggestion, toi aussi tu l’as senti mon ami, j’en suis sur…Nous échouons dans notre quête d’un bar ouvert la nuit, alors nous hélons un taxi et rentrons au bercail. La nuit nous berce au creux de doux rêves pour ma part, des moments magiques et un sourire inoubliable. Le matin se lève aussi gris que le soir qui l’a précédé. La nuit fut réparatrice et nous sommes parés à repartir. Direction le métro, nous allons à Montmartre prendre un petit déjeuner. C’est sans doute tout à fait cliché mais je n’y suis jamais allé. Au point où nous en sommes, nous pouvons concrétiser un rêve de plus ! Les pavés s’inclinent doucement et nous sentons la pente de la butte qui s’annonce. Malgré la pluie qui règne sur le ciel depuis samedi, je suis émerveillé par la vue de Paris qui s’offre à nous, du haut du Sacré Cœur. Magnifique ! Le côté gauche de la butte est moins touristique, nous descendons les marches et finissons par entrer dans un troquet. Voila le chocolat, café, croissants, tout est la. C’est bon de savourer cet instant avec un ami, le cœur léger, autour d’une table, l’esprit tout rempli des délices de la veille. J’adore et je profite.

Mais les délices m’attirent une fois de plus : « Bonjour Marion, c’est Benoît, j’ai terriblement envie de vous revoir. Je prend un train ce soir, pourrions nous nous voir avant ? » « Je ne peux pas cette après midi, ne pouvez vous pas partir demains ? » « Ou et quand ? » « Cela veut dire que vous restez ?? 21h30 pub St Germain ! L’après midi s’écoule douce et sans anicroche. Pendant que Cyprien s’en va retrouver les émotions de son amour justinien, je m’endors et reprends des forces, bercé par les promesses de la soirée qui s’annonce. 20h, sortie de métro St Michel. La pluie martèle le pavé sans relâche. Justine nous rejoint pour un dîner qui se passe de commentaire et se résume en un grand éclat de rire. Mais déjà je sens que mon sang bouillonne, 21h15. Vite ! il faut y aller, mon intrigante de St Germain m’attend. Me voila devant le pub St Germain. Elle est en retard…c’est qu’elle viendra !  La belle arrive en se confondant en excuses pour ce retard. Ne vous souciez pas de cela demoiselle, j’ai le cœur trop heureux pour me fâcher ce soir. Et c’est dans une ambiance tamisée, très « lounge », que nous nous asseyons à une table. Tout me semble absolument parfait. Et nous avons parlé, parlé, parlé, on s’est raconté nos vies, c’était doux, agréable, simple et léger, on a ri, une improbable complicité s’est créée et nous a liée jusqu’à 1h30 du matin.

Elle me demande tout à coup « Qu’attendais tu de cette soirée ? ». Attention, question piège. J’attendais…je ne sais pas trop…je voulais vous revoir, passer une soirée agréable avec vous, découvrir un peu ma mystérieuse demoiselle de St Germain. Ma réponse ne semble pas la satisfaire, mais elle ne se vexe pas, elle ne s’énerve pas. A 300km l’un de l’autre, que pouvais je dire d’autre ? J’aurai peut être voulu dire autre chose, mais je ne pouvais pas. Ma réponse n’a pas l’air de vous plaire, que vouliez vous que je dise ? Qu’attendiez vous de cette soirée ? Mais elle ne répond pas…Elle me demande « Qu’as-tu pensé de moi hier ? Et maintenant ? Tu es déçu ? ». Non, si elle savait, elle n’imagine pas combien je suis heureux. Comment être déçu après une telle soirée ? Et vous qu’avez-vous pensez de moi ? Elle me regarde « je crois que tu es un grand romantique, candide, benêt et sentimental ». Nous éclatons de rire tous les deux. « Bonne réponse » lui dis je. L’heure tourne, tourne et s’emballe, impossible de la retenir cette satanée heure, belle et cruelle, elle ne laisse aucun répit aux étourdis. Un taxi, nous voila devant chez elle. Là où tout a commencé, là où tout finira, devant le Panthéon. Elle me dit « Je te proposerai bien de monter, mais ma sœur est chez moi». En moi, c’est aussi bien comme ça. Pour la première et dernière fois de la soirée nous nous embrassons et, dans un dernier regard, elle disparaît dans la pénombre de sa porte d’immeuble.

Moi je rentre à pied...Ce n’était sûrement pas une demoiselle pour moi, mais, j’ai quand même passé une soirée magique. Je suis content de ne pas être monté chez elle, de ne l’avoir embrassé qu’en la quittant, cette soirée est restée simple, légère, innocente. Ce n’était pas une simple rencontre, pour moi c’était bien plus. Deux inconnus que rien ni personne ne semblait devoir présenter. Deux inconnus qui ont profité de leur liberté l’espace d’une soirée. C’était beau comme une histoire d’enfant. Une histoire d’enfant, après tout, ce n’était rien d’autre que cela. Paris, la nuit, c’est joli, on pense, on rêve. Moi j’ai rêvé d’elle. Ne m’oublie pas ma demoiselle, moi je ne t’oublierai pas. Une parmi d’autres m’as-tu dit ? Si seulement … Mais tu resteras à jamais la seule, l’unique demoiselle de St Germain. Je suis comme ça, j’ai besoin de dire les choses ainsi parce que je les pense ainsi.  En revenant chez Cyprien j’ai repris le chemin de la rue Mouffetard. Je suis le seul inconscient à être encore debout à cette heure. Maintenant j’entends le bruit de mes chaussures qui claquent sur le sol, tel les clics et les déclics de la montre du temps qui passe et qui s’évade à nouveau. Ces aiguilles qui avancent et m’indiquent que déjà mon heure parisienne a sonné, déjà il est temps de penser au départ. Je m’allonge dans l’obscurité de l’appartement, tout le monde dort. Tout le monde sauf moi, moi qui rêve, moi qui repasse le film de cette soirée, puis celui de ce week-end.

Si la vie est un film de rien, alors ce passage là était bien. Et Paris, et Paris…St Germain, Montmartre, la mobylette-sans-tête, merci messieurs-dames-de-la-comédie. Merci d’avoir joué ce séjour pour nous. Et merci à toi, mon ami, mon frère, je te dédie ces lignes, merci de cette amitié qui nous lie, n’oublie pas ce que je t’ai dit ce soir là, n’oublie pas,… Paris, te quiero

Ôde pour les écorchés


Que serais-je sans votre existence ?

Vous qui, de ma vie avez illuminez la morosité,

Terne et insipide, qui de vous réclame un baiser.


***

Je rève, mais votre présence, complice et rassurante,

Tarde à venir et déchire mon coeur et me hante

De vous voir à mon côté, je rève, mais déjà vous êtes un peu là,

Puisque dans mes pensées, je vous vois.

***


A vos pieds déjà je me jetterais,

Rattraper cet amour déjà révolu, dissipé, envolé, enterré.


Laissez cependant, laissez moi tout près de votre coeur, Laissez.

La douce chaleur de votre sein d'eben,

En mon âme a laissé l'esquisse de l'Eden.


Touchez mes doigts, liez nos mains, ne les lachez plus,

Ma peau, sèche et morte, n'attend que la jouvence de votre souffle.

***

Déjà le soir s'invite et les ombres s'emparent des rues.


Posez votre tête et dormez en mon creux puisque je veille.

Contre les tempètes, les cataclysmes et toutes les apocalypses,

Laissez moi être le plus imprenable des remparts.


Vous brisée, vous ruinée par les hommes, la vie, scélérate traitresse.

Elle, morne et insipide a qui votre présence seule,

Hors de toute autre, vient redonner sa noblesse.

***


Dormez mon ange, ma fée, mon héroine, et dans mes bras,

Prenez votre repos, ne craignez plus, puisque je suis là.


Voguez dans mes bras en des terres plus sereines

Vous l'innocence, vous la vie, vous ma vie.

Vivez pour mon bonheur, souriez puisque je vous en conjure. Souriez vous dis je,

Partez si bon vous semble, mais souriez,


***

La vie, ma vie, futile et fut-elle errance en ce monde, n'aura existée que par vos baisers.

Vous, fille de la terre noire, siégez à jamais dans le palais de ma mémoire.


Dépassé, oublié, tel est notre amour et pour toujours.

Mais gardez de moi un sourire, une larme, ou un peu des deux

Et meurent les jours pourvu qu'on les vive à deux.

***


Moi qui aurait voulu, moi qui aurait pu, moi qui aurait du

Moi le fou, le prince, l'étouffé, l'abandonné et au bout du compte : l'écorché.

Billet doux


Je ne saurais vous décrire telle un poème,

La prose n'en est point travaillée assez,

Incertaine et malhabile.

Je dirais de vous plus volontiers

Que vous êtes le reflet d'un soir d'été.

Ephémère et légère,

Volage et lointaine,

Vous semblez prendre plaisir à m'égarer,

Et ce n'est que pour mieux me perdre

Que vous vous disposez  à me donner un baiser…

Le chocolat

La mémoire, jolie chose que la mémoire.

Se souvenir des jolies choses, ces petites choses.

Des petits riens, ou plutôt, des petits touts.

Ces choses que l'on oublie pas.

Comme des pots de confiture, on les ouvre à l'envie.

Plutôt doux, comme la fraise ou l'abricot.

Plutôt amer, comme l'orange.

Ca pique, un peu, mais c'est très bon quand même.

Ces jolies choses, Ces jolies choses que l'on oublie pas.

Je t'ai mis quelque part, mais pas dans un pot de confiture.

Je t'ai mis plutôt dans un carré de chocolat.

C'est plus joli et ca donne le sourire.

Ca donne chaud au coeur, le chocolat.

C'est doux, c'est sucré, c'est amer.

C'est le premier carré le meilleur, toujours.

Se souvenir des jolies choses.

C'est doux, comme du chocolat,

C'est amer comme du chocolat.

C'est un peu comme une larme.

Quand elle roule et coule, elle meurt.

Entre les lèvres, on ne sait jamais si c'est sucré ou salé.

Il faut imaginer, imaginez, sentez, écoutez.

Les souvenirs sont à qui veut les palper.

Un carré de chocolat, ca te ressemble plus.

La confiture, c'est ennuyeux la confiture.

Il faut le boir le chocolat. Le boir chaud.

C'est de l'or pour qui veut le boir.

Ca réchauffe un million de coeur, le chocolat.

Juste assez pour réconforter le mien, hélas.

Le temps passe et s'effacent les souvenirs.

Ca manque un souvenir perdu, c'est terrible.

C'est terrible comme un pot qui se vide.

Plus on y pense, plus on le vide.

Vide de sens, vide d'envie, vide de vie.

Et puis quoi ? on le perd, on espère mais on le perd.

C'est un peu tragique la mémoire.

Une tragédie déja jouée, qui sans fin de répete.

Mais c'est sans doute pour cela que c'est joli.

Car rien jamais ne dure et toujours ne reste que le goût sec et âpre du regret.

Qui toujours reste, reste pour toujours,

le regret….