09.07.2008

De la modernité...

Métro 4, direction Gare du Nord.

Le métro, merveilleuse invention que celle-la. N'a-t-on jamais vu pareille exposition du genre humain ? Le monde entier parcourt ces galeries, sinueuses et torturées. Où va-t-on ? nul ne le sait. Je vais à la station Nation, je vais à la station Gare du Nord, le reste suivra lorsqu'on se sera extirpé des entrailles parisiennes.. Un microcosme à lui tout seul dans lequel se retrouvent les plus étonnants et les plus atypiques spécimens humains.  Le métro à ceci de formidable qu'il est une source inespérée de rêve et de voyage. Rien d'étonnant à cela. Les rames brisent cette distance polie des gens qui marche dans la rue et entame une intimité un peu inconvenante. On est si proche des gens dans le métro, qu'on ne peut s'empécher de vouloir les découvrir, un peu, l'espace d'un instant, l'espace d'une station. Quel drame a bien pu vivre cette femme qui sanglote dans le brouhaha des portes qui se ferment ? Quel parcours à mener ce petit homme à jouer de l'accordéon au détour d'un couloir ? Quelle histoire d'amour anime ce couple qui s'embrasse sur les banquettes d'une rame ? Chaque personne a son histoire propre, ses joies, ses drames, et cette proximité nous en fait prendre conscience plus que n'importe où ailleurs.

Il est 16h et l'air est irrespirable dans les profondeurs du métro. On sue, on souffle, on marche la tête haute, pour capter une brise qui n'existe pas. Dans l'atmosphère étouffante d'une rame, on s'entasse. Il est des instants où la réalité brise toutes les règles, tous les tabous et nous rappelle combien les codes de la société sont fragiles pour peu qu'on ose les briser. Chacun ressasse ses soucis quotidiens quand une dame d'un certain âge s'assoit sur un strapontin. Elle est très distinguée. Vêtue d'un tailleurs vichy, collier de perle au cou, elle est, dirons nous, de bonne famille… A son coté, un jeune beurre qui écoute et regarde de la musique sur son portable. Deux monde que tout semble séparer. Mieux, deux univers que les bonnes consciences veulent à tout prix garder isolés. C'est alors que la vieille dame se penche et interpelle le jeune homme. “C'est la télévision que vous regardez ?”. Incrédule, il répond un “quoi ?” étouffé comme pour se persuader que c'est bien à lui que l'on parle. “C'est la télévision que vous regardez ?” réitère la vieille dame. “Ben, c'est un clip de rap”, répond le jeune homme sur un ton bourru. “Un quoi ? un clip, qu'est ce que c'est que cela ?” relance la vieille dame. S'engage alors une merveilleuse discussion entre les deux êtres. Tout les sépare et pourtant, dans cette petite rame de métro bondée de monde, un jeune beurre regarde un clip de rap sur son portable, en compagnie d'une vieille dame de bonne famille. C'était si simple et pourtant tellement improbable.

Cette petite scène était si merveilleuse que je n'ai pu résister à l'envie de la raconter. Il y'a avait tant de choses réunies entre ces deux êtres. J'y ai vu la réunion de l'âge et de la modernité. J'y ai vu un pied de nez formidable aux bonne moeurs, parce que rien ne devrait empécher une vieille dame de bonne famille et un jeune beurre de pouvoir partager beaucoup d'autres de moments comme celui ci…

L'autre Paris...

Métro 7 - Direction La Courneuve…

Paris, ville lumière. Ville scintillante mais qui connaît sa part d'ombre et les laisser-pour-compte des joies parisiennes sont nombreux à errer dans ses rues, abandonnés et délaissés. C'est dans les entrailles sombres du métro que l'autre Paris m'est apparu. A la lueur des néont blafard, j'ai vu un oublié. Il y'a le Paris qu'on aime et le Paris qu'on essaie d'oublier. Un Paris trop dérangeant ? Trop peu ou trop, tout simplement.

Alors que la rame m'emmène vers les joies d'un Paris dont je goûte les saveurs, un petit homme entre dans le métro. Court sur patte, petites lunettes vicées sur le cap Gris-Nez, tout dans ses gestes et sa posture traduit la fragilité. Il ne me restait plus qu'à croiser son regard pour être bouleversé. Dans ses yeux j'ai vu la souffrance. Dans ses yeux j'ai vu le desespoir. Dans ses yeux j'ai vu cet autre Paris qu'on essaie de cacher et qui cogne comme un coup de poing lorsqu'il se découvre. Approchez braves gens, voici les gars du dessous, voici les seigneurs des entraîlles, Princes d'un royaume de ténèbres et de solitude. Ils résonnent et raisonnent au rythme des pas des marcheurs, au rythme des crissements de pneus. Du fond des coins sombres de la terre, ils vivent dans les échos qui parviennent de la surface. Ils rèvent parfois de tout ce qu'ils entendent. Ils se traînent de stations en stations, fuyant un monde dont ils sont prisonniers. Ils sont nombreux à arpenter le métro, à la recherche de quelques pièces de monnaie. Parfois un passant leur glisse quelques sous au creux de la main. Certains les dépenseront dans une bouteille, poivrots et ivrognes se comprennent, histoire d'oublier un peu la crasse et le désamour. Certains iront s'acheter une baguette à la boulangerie du coin, histoire de remplir un estomac qui a faim depuis bien trop longtemps. Une fois “racasiés”, ils s'en retourneront dans les profondeurs du métro, petits rats d'égoûts. Ils iront se cacher du regard du monde et des lumières insensibles de la ville au dessus. Ceux sont les trente deniers de Juda que nous payons pour oublier. Oublier une humanité qui n'est pas faite d'assez de pailletes, une humanité qui ne scintille pas comme il faudrait. Une humanité qui renifle et qui sent le pinard. Ils sont les deshérités, les mendiants, ils sont les clochard, ils sont les dormeurs du métro, bêtes de sommes, ils sont les malaimés de Paris.

C'est ce petit homme qui me sortit de mes pensées.  “Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je m'appelle Patrick et je suis obligé de vous importuner aujourd'hui car je suis sans emploi depuis 1 an. Je vis dans la rue de la générosité des gens et je suis obligé de faire la manche pour conserver un reste de dignité”. La dignité, voila les mots qu'il fallait prononcer.  Pourquoi donne-t-on parfois ? pourquoi ne donne-t-on pas ? On donne parce que certains trouvent les mots justes, les mots qui nous atteignent. Dans ce métro, ses mots-la m'ont cogné fort. Un coup de matraque en pleine poitrine. Le genre qui vous coupe la respiration et vous laisse sur le carreau. On se sent toujours coupable d'éprouver de la pitié. Oui, j'ai ressenti de la pitié. Et alors ? Eprouver de la pitié, c'est nier les clivages et les normes afin de faire d'autrui son semblable. C'est redonner un sens à l'humanité de celui qu'on a rejeté. Eprouver de la pitié, c'est reconnaître la dignité de celui qui souffre. J'ai sorti un sous et l'ai tendu à ce petit homme. “Merci Monsieur, que Dieu vous bénisse, je ne vous oublierai pas de là haut”. Plongé les yeux dans les yeux, une impuissance honteuse et amère me prit à la gorge. J'aurai voulu faire plus, mais que peux-t-on ? Que Dieu me bénisse, laissons le là ou il est celui là, son heure viendra. Je n'aurais pu rester plus longtemps dans le métro. Il me fallait sortir, respirer autre chose que l'atmosphère nauséabonde et blafarde du sous-sol. La ville peux dormir tranquille ce soir. Les lumières continueront à briller de mille feux. L'argent continuera à couler à flot. On continuera à deviser de la vie et de la mort, en pleine certitude de tous nos principes et l'on riera au son des “Bling-Bling”. Dormez brave gens puisque les rues sont saines et belles, mais rappeler vous qu'on fond de la terre, on meurt, on souffre et on s'endort dans l'oublie…