29.09.2009
Les dessous de l'affaire Polanski...
La très prompte et massive mobilisation de soutien du monde artistique français à Roman Polanski, cinéaste franco-polonais sous mandat d'arrêt international par les Etats-Unis, laisse décidément sceptique. Emportés par un réflexe qui semble bien tenir du corporatisme, nous avons vu nos artistes clamer d'une même voix leur indignation suite à l'arrestation du célèbre cinéaste. Nous avons même vu Bernard Kouchner, fervent défenseur des droits de l'homme, se montrer solidaire du cinéaste, disant trouver "sinistre cette histoire, un homme d'un tel talent, reconnu dans le monde entier". Et le Ministre français de la culture, Frédéric Mitterrand, de s'associer à cette indignation en déclarant ressentir :
une "très profonde émotion" après l'interpellation du Roman Polanski, "un citoyen français" et "un cinéaste de dimension internationale". "De le voir ainsi jeté en pâture pour une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens et de le voir ainsi seul, emprisonné, alors qu'il se rendait à une manifestation où on allait lui rendre hommage, c'est-à-dire ainsi pris au piège, c'est absolument épouvantable", a estimé Frédéric Mitterrand.
"On sait les conditions dans lesquelles c'est arrivé, et de la même manière qu'il y a une Amérique généreuse que nous aimons, il y aussi une certaine Amérique qui fait peur, et c'est cette Amérique là qui vient de nous présenter son visage"
Que dire de ces propos, si ce n'est qu'ils sont proprement inadmissibles et scandaleux ? Ainsi, on apprend de la bouche d'un Ministre qu'un viol sur mineur est une "histoire qui n'a pas vraiment de sens", que Roman Polanski est "jeté en pâture" à une justice qui - excusez du peu - fait son devoir, qu'il faudrait permettre au cinéaste de se soustraire à la justice sous prétexte que c'est une "histoire ancienne". Je questionne donc : de qui se moque-t-on ? Comment contester à la justice américaine le droit de juger un homme qui a reconnu son crime ? Comment comprendre que la Patrie des droits de l'homme puisse remettre en question le plus fondamental des principes du Droit : l'égalité devant la justice ? Ainsi, il faudrait gracier le cinéaste violeur au motif du caractère grandiose de son oeuvre ? Tout cela n'est que pure folie. Cette Amérique qui fait peur selon les mots de Frédéric Mitterrand, c'est aussi une Amérique qui estime que nul n'est au dessus des lois, qu'il soit cinéaste, ouvrier ou même Président des Etats-Unis d'Amérique. Prenons garde à ne pas l'oublier.
Je vous invite donc à lire le brillant article publié sur le blog de Maître Eolas. Une bonne façon de se remettre en tête les principes de la justice et du droit.
20:05 Publié dans Politique et reflexion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cinéaste, cinéma, film, roman polanski








Commentaires
Bien envoyé Cousin, j'attendais avec impatience que tu nous postes un billet d'humeur sur le grotesque de la classe politique toute amassée derrière celui qui, malgré son talent, reste un criminel.
Je tenterais volontiers pour ma part un parallèle avec le président du Conseil italien. L'on traîne en effet dans la boue Silvio Berlusconi pour avoir eu l'indécence de coucher avec une jeune fille de 18 ans tout à fait consentante alors que l'on juge grave de respecter les conventions internationales en procédant à l'extradition d'un cinéaste franco-polonais qui a drogué puis détourné une enfant de 13 ans.
Ne parlons même pas de la levée de bouclier contre un François Bayrou dénonçant, certes maladroitement, les errements pédophiles d'un Daniel Cohn-Bendit !
Il n'est manifestement pas d'égalité devant la Loi pour les Bobos !
Ecrit par : Thibaut | 29.09.2009
Je ne connais pas le dossier mais quand même, s'indigner qu'un homme puisse être "pris au piège" parce qu'il se rendait à un festival est tout simplement énorme ! pourquoi pas l'extraterritorialité pour les festivals ! La culture et les arts au dessus des lois communes et les artistes protégés : voila une nouvelle belle cause à défendre pour bobos cultureux.
Ecrit par : lolik | 29.09.2009
Cette affaire est incroyable et choquante.
Je n'aurais jamais imaginé que certains artistes et hommes politiques puissent soutenir un pédophile plutôt que sa victime.
Ecrit par : Marine | 30.09.2009
Incroyable en effet. L'affaire n'est cependant pas exangue d'ambiguïtés. On pourrait reprocher à la Suisse d'avoir livré Polanski à ce moment, certes, mais nullement aux Etats-Unis de vouloir rendre la justice.
Je trouve dommage et dommageable que plusieurs Ministres se soient permis de défendre Polanski simplement parce qu'il a réalisé une oeuvre cinématographique d'importance. L'image qui est renvoyée est celle d'une France qui protège les puissants au détriment du droit. On pourrait rétorquer que la victime a retiré sa plainte et qu'à ce titre on pourrait tourner la page. Cependant, dès lors l'affaire a été porté dans la sphère publique, il me semble que la victime n'a plus la possibilité d'arrêter la machine, quand bien même elle invoquerait une volonté de "passer à autre chose". Le droit exige que Polanski entende sa peine et qu'il la purge. Sinon, comment différencier les victimes qui se retireraient de bonnes foi et celles victimes de pressions ou d'intimidations ? Que la plaignante ait retiré sa plainte, ne change rien. Dura lex sed lex...
Ecrit par : Benoit | 30.09.2009
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