27.07.2009

L'été, les pastèques et l'Europe

Ecolo.jpgLa vague verte aura-t-elle finalement eu lieu sur la France et plus encore sur l'Europe ? Non, et ce, en dépit des résultats satisfaisants réalisés aux dernières élections européennes. Il est intéressant de noter le lexique plus que mélioratif utilisé pour caractériser la prestation des écologistes lors de ces élections. Certains médias sont allés jusqu'à parler de "victoire", "nouvel âge politique", signe de la sympathie (complaisance?) dont bénéficie Daniel Cohn-Bendit et ses amis dans la nomenclature médiatique. Et les Verts de se croire au crépuscule d'un grand soir environemental, s'imaginant déjà un destin national, comme en témoigne le refus des écologistes de s'allier au PS lors des prochaines élections régionales. A croire que Le petit poucet écolo pourrait faire cavalier seul et se faire un nom opposable aux deux mastodontes que sont l'UMP et le PS ? Il est vraisemblable que non.

Plusieurs raisons à cela et la première, c'est que les résultats des Verts à ces élections ont été largement surévalués, tant en quantité qu'en qualité. L'occasion de rappeler ici le score du parti écologiste aux européennes de mai dernier : 16%, plaçant le parti en troisième position, il faut le rappeler, derrière le PS et l’UMP. Ramené au taux de participation, ce score correspond à un électorat d’un peu moins de trois millions de personnes. On est loin d’une vague verte qui aurait balayé la France pour porter au parlement européen les députés du parti écologiste. On est encore plus loin d'une "conscience écolo européenne". Drôle de victoire en réalité que celle du troisième concurrent d’une course. D’où ce constat : le résultat de « Dani le rouge », (le rouge ou le vert ? on fini pas s'y perdre), a été nettement surestimé dans les médias. D’autant que le vote écologiste n’a rien d’un engouement large et convaincu. Le score des Verts à ces élections traduit bien plus l’absence des autres partis sur le terrain européen qu’une réelle adhésion des citoyens aux idées écolo. Rarement les grands partis, UMP, PS et Modem, auront été aussi inexistants concernant les projets d'Europe. Quid d’une réflexion sur l’orientation à donner à la construction européenne ? Alliance économique ou construction fédéraliste ? Nul n’a répondu à ces questions, ni n’en a esquissé les contours. Manquement d’autant plus dommageable que ces interrogations deviennent désormais incontournables.

En effet, tout le problème de l’Europe est là : que fait-on maintenant. La plupart des pays européens ont intégré l’union, nous nous sommes dotés d’une monnaie commune, un parlement, une cour de justice, reste à définir - et la tâche n’est pas aisée - la fonction de tous ces instruments. La résistance suscité par les essais balbutiants de constitutions – Lisbonne et le traité constitutionnel - traduit cette suspension dans laquelle se trouve l’Europe après cinquante ans de marche en avant enthousiaste. La machine s’est grippée dès lors que les populations ont été sollicitées au moment des différents référendums sur la question. Il fallait s’y attendre. Lorsqu’on a construit une machine loin des masses et qu’on entreprend ensuite les associer à son fonctionnement, il y’a des résistances, des incompréhensions et des frustrations. Ajoutons les coups de boutoir successifs assenés par les politiciens nationaux, trop heureux de pouvoir défausser leurs manquements sur une Europe bouc émissaire et ç’en était fait de cristalliser toutes les crispations contre la construction européenne. Cette stratégie a si bien fonctionné que l’Europe s’est vue reprocher tout et son contraire : trop libérale et trop sociale à la fois, destructrice des nations et trop effacée, lente et trop rapide à la fois. Toutes les pierres lui ont été jetées.

Dans cette situation, aucun des grands partis n’est venu apporter des réponses ou des orientations pour le futur de l’Europe. Il était dès lors aisé pour les écologistes de tirer leur épingle du jeu. Et le citoyen a en effet préféré un vote « utile », ou du moins « éco-responsable », à un vote de convenance pour tel ou tel parti. C’est donc un suffrage par défaut et non par engouement qui a servit les bons résultats de Daniel Cohn-Bendit et de ses amis. Le tout soutenu par un marketing angélique et esthétique à la sauce Artus-Bertrand, un peu à la manière du tub de l’été. En somme, l’écologie était dans l’air du temps cette année. C’était tendance. Cette stratégie a payé pour une élection européenne, éloignée du quotidien des citoyens et dénuée de programme crédible à gauche ou à droite. Il n’en sera pas de même lors des prochaines échéances électorales. Il n’en sera pas de même puisque la stratégie de la pastèque, vert dehors, socialiste à l’intérieur, décrédibilise le discours des écologistes. L’écologie n’appartient ni à la gauche, ni à la droite. Elle ne peut être qu’un thème affranchi de la main mise d'un parti, tout comme le sont la sécurité, l’emploi ou l’immigration. L’écologie ne peut appartenir à un groupe et devrait pouvoir s’inscrire dans les programmes de toutes les formations politiques. C’est en cela que toute ambition présidentielle d’un candidat écologiste semble vaine. En d'autres termes, Les écologistes ne pourront jamais prétendre à un autre rang que parti d’influence et de parlement, car ils sont nombreux ces sympathisants UMP qui ne voteront pas écologiste en raison du positionnement étriqué des Verts, coincés entre le PS et le NPA, faisant jouer l’alliance au plus offrant.

Ainsi, il est bien téméraire Daniel Cohn-Bendit quand il prétend pouvoir se passer d’une alliance avec le parti socialiste aux prochaines élections régionales. Les résultats des européennes lui ont fait pousser des ailes, mais comme Icare, à vouloir voler trop haut, on se brûle et on tombe dans les limbes de l’Histoire politique.

23.07.2009

Toute la musique que j'aime...

6a00d8341c026253ef00e54f74e1518833-800wi.jpgIls sont rares ces instants pendant lesquels on a la certitude de vivre pleinement le monde qui nous entoure. Ces instants pendant lesquels on a cette sensation de ne faire qu’un avec la réalité. Ils sont précieux ces moments là. On ne les savoure jamais assez, on ne les savoure pas,tout  simplement. On n'en mesure tout le bien que lorsqu’ils s’évanouissent. Dans un murmure, parfois. Dans un fracas titanesque parfois. Je reviens du concert de B.B.King…

21h00. Monsieur B.B King entre en scène après vingt minutes d'une chauffe en règle par ses musiciens. Il a le pas lent et hésitant. Le pas de ceux dont la balance du temps penche du côté des années passées. Mocassins lustrés, veste de smoking à paillettes et nœud papillon, la foule se lève pour le saluer. Du haut de ses quatre-vingt trois ans, le bluesman est toujours debout. Encore qu’il ne joue plus debout depuis quelques temps, il joue assis. Il l’explique : « some of you may be surprised to see me sitting, I’m a very very old man ». Et l’homme d’engager la conversation avec le public. Parce qu’un concert avec Monsieur B.B.King, c’est un peu comme de parler avec un ami. On rit, on est ému, on s’amuse, on se confie l’un a l’autre. Il est un monument d’élégance, tant sur ses manières que sur sa façon de jouer. La scène est magnifique. Ses musiciens l’accompagnent, tous habillés d’un smoking noir. Les Gibsons sont resplendissantes et font pâlirent d’envie le guitariste que je suis. Les cuivres scintillent sous les projecteurs et jettent un peu d’or aux couleurs mordorées qui règnent sur la scène. Son indéboulonnable sourire sur le visage, B.B King explique qu’il ne parle pas très bien français et que ce soir, le public devra se contenter d’un accent du Mississipi. Qu’à cela ne tienne, les spectateurs sont conquis d’avance. Et les premières notes résonnent dans la salle.

De sa voix rocailleuse, il chante le blues. Il le joue aussi et de sa Gibson noire, signée à son nom, retentissent les sons chauds et torturés si caractéristique de cette musique. C’est ainsi, le blues. Ca vous prend aux tripes. Une claque en pleine figure. Ca vous envahit d’un indicible bonheur. Un bonheur enthousiaste pour le boogie, un bonheur triste pour le blues. Le bluesman chante à celle qu’il aime « I need you so much, will you miss me? ». La salle tremble et vibre. Mais si triste que soit la chanson, la conclusion est ce bonheur simple et sincère qu’est le blues. Bonheur d’être ensemble et de chanter sur les mêmes airs. Le Blues, ca vient du cœur et ca vous le retourne. Ca secoue le monde de toute sa poussière grise et ça vous rend nécessairement les couleurs plus vives, plus puissantes et plus belles. C’est une musique résolument bienfaisante, le blues. Pas prétentieuse en plus de cela. Ca sait d'où ça vient. Toute la palette des émotions humaines y passe. Ca remue tout, ça mélange tout, ça vous submerge. Ca vous donne envie d’être meilleur. Ca vous rend tout conscient de vous-même. C’est simple et pourtant, c’est suffisant. Ca n’est pas guindé, ça n’est pas surfait. Tout se fait à l’improvisation. Improvisé mais pas avare, ça en communique de la joie. Dans la pénombre attentive de la salle, toutes les jambes sont emportées et battent la mesure, les têtes sont prises dans un irrésistible mouvement de swing et les mains ne peuvent se retenir plus longtemps. Les corps se doivent de bouger, répondant à ce merveilleux appel de la musique et du Blues.

Au sortir de la salle, les oreilles sont encore toute emplies de cette heure et demie passée avec ce grand Monsieur de la musique. Un humaniste à sa façon. Le Mississipi ca vous produit ce genre d’homme authentique, sans jugement ni distance. Sur les visages des spectateurs, le sourire. Comme si celui qu’arborait B.B. King venait de contaminer une salle entière. Lui ? il est parti. Une heure et demie, c’est court, mais pour le vieil homme c’est toujours une épreuve. Il est descendu de la scène, redingote et chapeau sur la tête dans une dernière révérence et un singulier « thank you so much ». C’est nous qui vous remercions. Vous avez mis beaucoup de musique, de couleur et de joie dans nos cœurs ce soir. Dans une époque si troublée que la notre, il n’y a pas de plus beau cadeau. Merci, Monsieur B.B. King…

 

17.07.2009

La guerre des Roses

6733_232024845367_898990367_7789206_3706666_a.jpgAu petit théâtre de la politique, rarement vaudeville aura été aussi ubuesque que celui du Parti Socialiste et de ses querelles intestines. Et les échanges de coups de feu entre Martine Aubry et Manuel Valls de signaler à ceux qui en doutent encore la faillite et l’aveuglement qui gouvernent la gauche depuis maintenant trente ans. Cette tentative désespérée de la première secrétaire de colmater les fuites d’un bateau déjà inondés jusqu’au pont traduit, ni plus ni moins que la faillite du premier parti d’opposition en France. Au royaume des borgnes, l’aveugle est roi.


Pourtant on se réjouissait après l’éclatement de la bulle financière. « Nous avions vu juste ! », « Le capitalisme est mort », « L’avènement du grand soir ». Tous ces slogans clamés au soir du désastre bancaire aux Etats-Unis se sont trouvés largement balayés par les résultats des récentes élections européennes. La vague rosée n’aura pas eu lieu. Pis, les partis socialistes européens ont pratiquement tous été battu. Et par qui ? Par les partis favorables au libéralisme. L’Histoire est cynique et elle doit avoir un goût amer pour la Gauche. Alors que tout semblait leur donner raison, les électeurs ont tranché et ont reconduit au pouvoir ceux qui leur semblaient les plus à même de réguler cette crise : les libéraux. Une fois n’est pas coutume, le parti Socialiste a bien été obligée d’engager une réflexion sur les raisons de ses échecs répétés lors des derniers grands rendez-vous électoraux. Pour l'instant, les mots seuls ont été prononcés. Rest à savoir si l'action suivra. Comme disait Hegel : "la vérité de l'intention, c'est l'acte". Une fois n’est pas coutume, donc. Cette réflexion a bien longtemps été évacuée du revers de la main. 2002, l’humiliante défaite, le Front National au deuxième tour, Jacques Chirac élu à 80% des voix. Réponse des socialistes : « Jacques Chirac a été élu grâce à nos voix, il doit entendre le message et faire une politique sociale ». 2007, Ségolène Royal au deuxième tour, Nicolas Sarkozy élu avec une avance large de 53%. Réponse des socialistes « 47% des Français ont voté à gauche, Nicolas Sarkozy doit entendre le message et faire une politique sociale ». Ces coups d’esbroufe successifs et confortables ont toujours été l’occasion de faire l’économie d’une large remise en question. La règle de la démocratie c’est qu’il y’a un vainqueur, la majorité. La minorité vaincue doit se soumettre.


La France ? Elle passera après. Quid du fait que le premier parti d’opposition est en lambeaux. L’heure est aux règlements de comptes et aux combats de coqs pour la prise du leadership. Inexistants sur le terrain des idées, les hommes de gauches se sont tassés dans le fauteuil doucereux de la contestation à tout va. Au nom de l’anti-sarkozysme ont a tout condamné, même les mesures défendues par le parti Socialiste telle le RSA. « Il faut s’opposer, alors nous nous opposons ». Et il est loin le temps de l’ambition. Il est loin le temps des projets de société. Rarement camp politique aura été aussi insipide quant à son ambition pour le pays. A leur décharge, les dirigeants porte un lourd fardeau handicapant. Ce fardeau, c’est le socialisme et tout son héritage. Une idéologie qui au nom de la libération des peuples les a opprimé. Une idéologie qui, au nom de l’égalité des hommes, a nivelé la société vers le bas, détruisant la Culture et reniant l’Histoire. Ainsi, il était énorme ce pavé qu’a lancé Manuel Valls en proposant de renoncer au mot socialisme pour adopter celui de social-démocrate. Trop énorme manifestement pour le toussoteux parti Socialiste. La réponse n’a pas tardé : le Parti, tu lui dis amen ou tu le quittes. A-t-on jamais vu une équipe exclure un de ses membres au motif que celui-ci pense que l’équipe se trompe ? C’est au contraire une force d’avoir en son sein des gens capable de tirer la sonnette d’alarme si on se trompe. Le Parti Socialiste n'en est pas encore là et on ne saurait tolérer une voix discordante dans le discours désormais rodé de la langue de bois. Il est devenu un parti de notables, et de notables régionaux. Un parti qui sait gérer des villes mais qui est incapable de proposer un modèle crédible et responsable aux Français sur le plan national.


Il fallait s’y attendre, dans le marasme ambiant, un homme ou une femme allait sentir le vent tourner. Pour peu qu’il ou elle ait un peu d’ambition, il allait élaborer son plan de bataille et devenir le héraut d’une rénovation large et fondamentale, dénuée de tout tabou et de tout dogme. Et décomplexé du premier des grands tabous actuel : l'ambition. le quadra en a et l'affiche sans honte. C’est sans doute le pari de la cassure avec le passé et la vieille maison socialiste qui est celui de Manuel Valls aujourd'hui. Le pari que lorsque les électeurs de Gauche renonceront à l’alliance complaisante avec la secte du NPA, il faudra se tourner vers un autre modèle de société. Il faudra se tourner vers des hommes et un leader qui aura renoncer à trainer le cadavre du socialisme en décomposition. Un leader capable de mener le PS vers un nouvel horizon. L'avenir dira si cette stratégie est payante. Peut-être Manuel Valls est-il parti trop tôt. Peut-être sera-t-il rejeté par les Hommes de gauche. A sa décharge, la situation est déjà suffisamment avancée, il est plus que temps de taper dans la fourmilière. Je vous conseille l'article de Lolik dont la lecture m'a plu et inspiré pour cet article.

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