16.04.2009
Lettre à un partisan
Lettre à Monsieur Druon,
Cher Monsieur Druon, je lis ce matin que vous nous avez quitté. Nul ne sait où vous êtes alors, nous savons seulement d’où vous venez et quel parcours a été le votre. J’écoutais ce matin le chant des partisans que vous avez écrit avec Joseph Kessel. Et je dois vous avouer que pendant une seconde, la musique m’a envahi et c’est une immense vague de tristesse qui m’a traversée. Non pas que je fus admirateur de vos écrits. La franchise m’oblige à vous dire que je n’ai pas encore eu l’occasion de vous lire. Non, ça n’est pas le souvenir de vos écrits qui m’a bouleversé. Les tambours et le chant résonnant, je prenais conscience qu’avec votre disparition, c’était un peu de cette âme, mystique et secrète, qui fait la France qui s’éteignait.
Vous étiez de cette génération pour qui la France était un parangon immortel et magnifique. Un idéal qui dépassait chacun. Une idée qui avait soulevé tant d’hommes hors des tranchés pendant la première guerre mondiale. Une idée qui avait portée ses plus grands héros, dont vous faites parti, à entrer en résistance contre le joug de l’oppresseur nazi pendant la seconde guerre mondiale. Une idée qui faisait vibrer le cœur des hommes bien au-delà de ses frontières. La France, c’était un rêve, un horizon inatteignable mais qui justifiait tous les sacrifices. La France, c’était cette femme que l’on aimait passionnément sans jamais la voir. La certitude seule qu’elle vivait suffisait pour qu’on en tombe amoureux ad vitam aeternam. C’était un rêve dont la préservation méritait tous les combats, tous les sacrifices, toutes les épreuves. C'est cela la France, pour moi. Un imaginaire vibrant et bouleversant. Vous étiez, Monsieur Druon, une corde sensible de cette idée de la France. C’est ainsi qu’a résonné en moi votre chant des partisans et qu’il m’a rendu triste. Tristesse, car je ne suis pas certain que la France fasse encore vibrer beaucoup de gens aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est le pouvoir d’achat qui fait vibrer les foules. Aujourd’hui, ce sont les écrans plats. Aujourd’hui, c’est le football. Les Français l’oublient, la France. A l'heure de la mondialisation, de l'effacement des frontières, et du "tout matériel", jamais l'Humanité ne m'aura paru plus petite et dépourvue d'horizons. Le mal du siècle...
Alors, je vous dis au revoir, Monsieur Druon. Je ne doute pas que là où vous êtes, les grands hommes sont là également. Vous partez avec panache et superbe. Vous étiez un esprit libre et vous n’avez jamais cédé à la facilité de la pensée. Vous parliez Haut et Fort. J’aimerais pouvoir en dire autant au crépuscule de ma vie. Je clos cette lettre par les mots de Paul Valery : « On dirait que ce pays soit voué par sa nature et par sa structure à réaliser dans l’espace et dans l’histoire combinés, une sorte de figure d’équilibre, doué d’une étrange stabilité, autour de laquelle les événements, les vicissitudes inévitables et inséparables de toute vie, les explosions intérieures, les séismes politiques extérieurs, les orages venus du dehors, le font osciller plus d’une fois pas siècle depuis des siècles. La France s’élève, chancelle, tombe, se relève, se restreint, reprend sa grandeur, se déchire, se concentre, montrant tout à tout la fierté, la résignation, l’insouciance, l’ardeur, et se distinguant entre les nations par un caractère curieusement personnel. »
Au revoir, Monsieur le partisan.
12:00 Publié dans Politique et reflexion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : druon, maurice, france, idée, idéal, renoncement








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