16.07.2008

Et si Dieu n'était pas mort ?

« L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue ». Cette maxime bien connue de tous semble être devenue le maître-mot de notre société. Une société de l’hyperconsommation, une société qui vit dans l’instantané, une société dans laquelle l’absolu tend à céder la place au relatif et à la contingence. Néanmoins, cette formule nous renvoie à la question de notre place au sein de cette société et aux attentes que nous pouvons ou devons formuler au sujet de notre propre existence.

Que penser d’une telle formule ? Je rebondis donc sur un article publié par Xerbias dans lequel celui-ci présente la base de la morale dans notre société. Il me semble pour ma part qu’il y’a quelque chose d’inquiétant dans une société telle que la notre. Société qui valorise l’accumulation de biens matériels et encourage la dictature du « toujours plus ». L’argent et son amassement deviennent non plus des moyens d’avoir une vie meilleure, mais une fin en soi. Je constate en outre l’avènement du social qui s’invite dans tous les domaines de la société. Mais derrière le social, c’est encore l’argent qui pointe. Les associations se déclarent désormais toutes à but social afin d’obtenir plus d’aides de l’Etat. Les citoyens réclament toujours plus d’allocations sociales. La politique s’efface peu à peu derrière le social et cette immense manne financière à partager aux grès des gouvernements. En un mot, on ne parle plus que d’argent dans la sphère publique. Quant à la sphère privé, les écrans plats ont déjà envahis tous les foyers ou presque... Or il me semble qu’une société qui n’a plus pour seul horizon que la satisfaction de ses besoins matériels est une société dans laquelle règnent la désespérance et la perte de valeurs.

Dans ces conditions, je pense qu’il est nécessaire de repenser une place pour la notion de Dieu au sein de la société. Voulant éviter toute confusion, je ne parle pas nécessairement d'un Dieu en tant qu'être doué de raison, omniprésent et tout puissant. Je parle plutôt d’un Dieu sous la forme d’un absolu à atteindre, une idée motrice permettant à l'Homme de se sublimer à travers la recherche de cette idée. Si l’Homme moderne est en proie au doute et à la perte de ses valeurs, il me semble que c’est justement parce qu’il a perdu ce rapport à l’absolu qu’entretenaient les civilisations passées. En effet, tout semble aujourd’hui relatif. Toutes les valeurs que l’on tenait pour universelles sont aujourd’hui malmenées. Charles Péguy disait : « Tout l’avilissement du monde moderne, c'est-à-dire toute la mise à bas prix du monde moderne, tout l’abaissement du prix, vient de ce que le monde moderne a considéré comme négociable des valeurs que le monde antique et chrétien avait considéré comme non négociables ». Développement du commerce d’organes, débat sur le problème des mères porteuses, Transgénèse, mariage homosexuel, renoncement face aux intégrismes, etc. La société semble vaciller, prise d’un malaise grandissant, faute de n’avoir plus d’absolu, plus de principes universaux à quoi se tenir.

 
Il me semble donc que le concept de Dieu mérite une réhabilitation au sein de notre société moderne. Une citation a grandement éclairé ma réflexion à ce sujet. Edgard Quinet disait qu'une société "qui perdrait l’idéal de Dieu perdrait par là même tout idéal". Edgard Quinet ne parle pas, selon moi, du Dieu des religions, mais plus d’un principe absolu vers quoi l’Homme peut trouver des raisons d’espérer et de croire. Dieu peut donc prendre de multiples formes. Certains y verront le Dieu des religions du livre, d’autres y verront la quête de la vérité suprême et d’autre encore y verront la Nature et le flux qui la mène. Peu importe la forme. Dans le Capital, Karl Marx écrivait que la religion est « le soupir des créatures tourmentées, l’âme d’un monde sans cœur, elle est l’esprit de situations dépourvues d’esprit. Elle est l’opium du peuple ». Dieu n’est pas la religion et la religion n’est pas Dieu. Mais si tel était le cas et si Marx avait raison, Dieu ne me semblerait que plus respectable. Car il ne me semble pas que le monde tel qu’il est soit si resplendissant que nous puissions faire l’économie d’une espérance en un au-delà universel et absolu.

15.07.2008

Un livre, un mardi #1

Monde.jpgL'USAGE DU MONDE - NICOLAS BOUVIER

A partir de cette semaine, le mardi sera pour moi l'occasion de vous présenter un livre qui m'a particulièrement plu, ne m'interdisant aucun domaine : littérature, poésie, politque, etc. Après tout, c'est aussi ça être humaniste.

Je vous propose aujourd'hui la découverte de : L'usage du monde de Nicolas Bouvier, publié aux éditions de la Petite Bibliothèque Payot.

L'Usage du monde, 1963, Payot poche, 1992 (ISBN 222889401X)

Parlons de l'auteur tout d'abord : Nicolas Bouvier né le 6 mars 1929, décédé 17 février 1998 fut un journaliste photographe de nationalité suisse bien connu pour les romans de voyage qu'il a écrit. La plupart de ses ouvrages sont d'ailleurs passés dans la littérature classique de par leur qualité d'écriture et de réflexion. Il réalisa son premier voyage à 17 ans en Norvège. En 1948, il part faire un reportage en Finlande puis en 1950 il voyage au Sahara. En 1951, il entreprend un premier périple avec son ami Thierry Vernet entre Venise et Istanbul et en 1953, il mène le voyage qui le conduira à l'écriture de L'usage du monde.

L'usage du monde relate donc le voyage que Nicolas Bouvier entreprit en 1953 avec son ami peintre Thierry Vernet de Belgrade à Kaboul en traversant la plupart des pays des Balkans puis la Turque, l'Irak et enfin l'Afghanistan. Merveilleux ouvrage qui plaiera à tous ceux qui rèvent d'horizons colorés et grandioses, de cultures abruptes et rudes, le livre se distingue d'abord par la qualité de l'écriture qui est celle de Nicolas Bouvier. L'auteur excèle dans l'art de la description et manifeste une incroyable justesse dans le choix de ses mots qui ne manque pas de toucher profondément le lecteur. Le récit est également l'occasion pour l'auteur de livrer ses réflexions personnelles quant au sens de l'existence, de l'amitié et des relations entre les Hommes, tout cela intégré dans la narration du voyage de façon très naturelle. Illustré par des dessins originaux de Thierry Vernet, l'Usage du monde est un très beau livre qui ne manquera pas de séduire tous les amoureux du voyage.

Morceaux choisis :

- "Être privé du necessaire stimule, dans certaines limite, l'appetit de l'essentiel"

- "La précipitation vous perdra, Anastase. Pauvre fille...Français, Français,...Elle devait s'attendre à des merveilles, un brin de cour, des mots galants, un sièges ! Et vous lui tombez dessus pour faire l'amour sur le champ, comme tout le monde"

- "Le soleil s'abime derrière une mer violette tirant à lui toutes les couleurs. Je pense à ces clameurs lamentables qui, dans les civilisations primitives accompagnaient chaque soir la mort de la lumière et elle me paraissent tout d'un coup si fondées, que je me prépare à entendre dans mon dos toute la ville éclater en snglot."

- "Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."

12.07.2008

Arrivée sur le réseau LHC

              Bonjour à tous, je suis heureux de vous annoncer que j'ai la chance de faire parti désormais du réseau LHC : Libres, Humanistes, Critiques. Le réseau LHC regroupe un certain nombre de blogs, politiques et/ou de reflexions de sensibilité libérale. Je vous invite donc à naviguer sur ces blogs pour découvrir la pensée libérale si vous ne la connaissez pas ou simplement pour le plaisir de débattre et de confronter nos points de vue. Il y'a de multiples facettes dans le libéralisme et de multiples sensibilités. Je ne peut dont que vous inciter à parcourir les blogs de ce réseau afin d'en savoir plus sur le libéralisme en tant que philosophie et doctrine économique.

 

Syndrôme français

 

En parcourant quelques journaux sur le Web, je suis tombé cette après-midi sur une nouvelle tout à fait surprenante : nous fêtons aujourd'hui les 10 ans de la victoire de la France lors de la coupe du monde 98. Le 12 juillet 1998, la France terrassait le Brésil et devenait pour la première fois de son histoire : championne du monde. C'est décidément un mal typiquement français que se complaire dans la sublimation et la nostalgie du passé."C'était tellement mieux autrefois" diront certains."Ça n'est plus ce que c'était" diront les autres. Il faudra pourtant qu'un jour la France fasse un demi tour et se tourne, non plus vers le passé, mais vers l'avenir. Un avenir que la France peut saisir. Les Français semblent l'oublier parfois, mais notre pays jouit d'un potentiel absolument extraordinaire. Tant sur le plan des ressources naturelles qu'humaines, la France oublie parfois tout les richesses qu'elle possède. Je note malgré tout un progrès. Une fois n'est pas coutume, l'auto-flagellation cède à la fierté d'avoir réalisé quelque chose de grand. Si maintenant la France pouvait jeter un léger coup d'oeil vers l'avenir et s'apercevoir que rien ne l'empèche de renouer avec le succès, cela serait un petit pas pour l'homme mais un pas de géant pour les Français...

 

Programme du Blog

 

Ce blog étant naissant, je me propose de vous fixer quelques rendez-vous, en plus des chroniques que j'essaie de rédiger le plus souvent possible.

 

- Je vous invite donc à me retrouver tous les dimanches sur ce blog pour mener avec vous une reflexion un peu plus personnelle sur la vie, sur les grandes questions qui peuvent nous animer, sur la place de l'Homme dans la société et pourquoi pas, laissons nous aller à un peu de folie, sur des questions de spiritualité...

 

- Le mardi sera pour moi l'occasion de vous faire découvrir un livre, un auteur ou un texte qu'il m'a particulièrement marqué et que je souhaite partager avec vous.

 

- En fin de semaine, je serais heureux de vous parler de musique et de vous proposer un album qui m'a plus ou que je juge interessant.

 

- Enfin, je serais très heureux que vous puissiez parcourir les textes d'invention que j'ai écrit moi-même. Vous pourrez les retrouver dans les différentes catégories du blog. Les chroniques que j'écris sont toujours rangées dans la catégorie "Politique et Reflexion". Il y'a donc d'autres textes à découvrir dans les autres catégories.

 

N'hésitez pas à laisser des commentaires, à donner votre avis. Ce blog doit être un espace de liberté et d'échange.

 

Amicalement

 

Ben

 

La naissance du nouveau Monde

En 1992, Francis Fukuyama prédisait la fin de l’Histoire universelle dans son livre : The End of History and the Last Man. Qu’en est-il aujourd’hui ? La situation internationale semble au contraire montrer que nous entrons dans une ère nouvelle et une modification profonde des rapports de forces s’installe peu à peu. Un nouveau monde se dessine devant nos yeux, et en ce moment même. Trois constats sont à porter au crédit de cette thèse :

Premier constat : Stabilisation de la situation au Proche-Orient. En Irak tout d’abord où la stratégie américaine commence à porter ses fruits. Le pays est encore très fragile, certes, mais il est à noter que la violence dans le pays a subi un très net recul. Une démocratie, timide mais réelle, voit le jour. Quant à Al Qaida, l’organisation a perdu largement de son influence, notamment après la mort de son chef en Irak : Abou Moussad Al Zarkaoui. Je vous renvoie à ce sujet à une chronique d’Alexandre Adler sur France Culture qui met en lumière la situation irakienne. Stabilisation en Palestine également où un improbable dialogue s’est renoué entre Israël, le Liban et la Syrie. Dialogue rendu possible grâce au retour de la diplomatie française dans la région. C’est un pari risqué qu’a pris Nicolas Sarkozy en choisissant de discuter avec le président Bachar El-Assad. Néanmoins, la Syrie, et derrière elle l’Iran, a semblé lâcher du lest dans la région comme en témoigne le projet d'ouvrir des ambassades entre Beyrouth et Damas. On peut donc se permettre d’espérer une impulsion nouvelle dans le processus de paix.

Deuxième constat : Naissance de l’Union pour la méditerranée, ou Union méditerranéenne. La querelle portant sur le nom à donner à l’organisation est caractéristique des dirigeants européens. L’essentiel c’est le rassemblement de pays membre de l’Union Européenne avec des pays du Maghreb et du Proche Orient. Faire s’asseoir à la même table le Président Bouteflika et son homologue israélien relève déjà de l’exploit. Si elle parvenait à péricliter, cette Union pourrait modifier considérablement la géopolitique dans lé région liant intimement l’Union Européenne à cette Organisation naissante. Historiquement, c’est une idée qui a du sens. Force nouvelle ou organisation marginale ? La suite des événements répondra. Reste que « la porte du Maghreb » pourrait permettre à l’Afrique dans son ensemble de sortir de sa situation actuelle.

Troisième constat : Avec la libération d’Ingrid Betancourt, le mouvement terroriste des Farc a subi un revers sans précédent. L’organisation avait été sévèrement amoindrie après la mort de son chef historique : Manuel Marulanda Vénez. Aujourd’hui, l’Amérique Latine est en passe de voir s’éteindre la dernière guérilla communiste du continent. Avec elle, un vent de démocratie et de modernisme souffle sur la région et l’enthousiasme que suscite le retour d’Ingrid Betancourt en est une preuve tangible.

Alors, comment aborder ce nouveau monde ? Quels sont les défis à relever ? Il me semble que deux grands chantiers sont à mener en la matière. Premier chantier celui de la rénovation des organisations internationales et en premier lieu l’ONU. Il est urgent de remettre à plat le fonctionnement du conseil de sécurité, élargir le nombre de ses membres et réformer une structure qui date de la guerre froide. Remettre à neuf l’OMS et redéfinir ses missions afin que tous les pays puissent enfin accéder aux marchés, revoir le fonctionnement du FMI, trop souvent vu comme l’instrument des pays riches, etc. Deuxième chantier, lancer un processus d’interdéveloppement généralisé entre les pays industrialisés et les pays en développement. L’économiste péruvien Hernando de Soto disait à ce sujet : "ce qui manque le plus aux pays en développement, c’est le capitalisme". Des incertitudes subsistent : danger nucléaire, opposition Nord-Sud, pauvreté, etc. Nous sommes à l’aube d’un nouveau monde. Des opportunités sont à saisir et des menaces à prévenir. La question est la suivante. Qui, de ce nouveau monde ou de nous, façonnera l’autre ?

10.07.2008

Interrogations au sujet de Ségolène Royal

                Nul ne me contredira sur ce sujet, occuper le poste de Président de la République est assurément une tâche difficile. Les déboires de Nicolas Sarkozy en la matière ne le montrent que trop. Aussi, il me semble que tout candidat à ce poste se doit à une rigueur et une irréprochabilité "extraordinaire". Je ne serai pas le premier à critiquer Ségolène Royal. Je lui voue au contraire du respect pour la place qu'elle a su se faire dans un monde politique au combien "testostéroné" et j'observe avec une certaine admiration la stratégie qu'elle met en œuvre afin de devenir LA candidate du Parti Socialiste aux prochaines élections présidentielles. Néanmoins, les récentes prises de positions de Madame Royal me laissent perplexe et je veux m'en expliquer. En effet, il me semble que deux erreurs peuvent lui être imputées et non des moindres.

Première erreur donc dans les déclarations que Ségolène Royal a tenu au Québec quand elle affirmait que Nicolas Sarkozy n'avait joué aucun rôle dans la libération d'Ingrid Betancourt. Je ne gloserai pas sur le rôle réel ou supposé du président dans cette affaire, en revanche, je m'étonne qu'une femme aspirant à accéder à la plus haute fonction de l'Etat ait à ce point des lacunes en termes de connaissance des règles de bienséance diplomatiques. En effet, la tradition diplomatique exige que lorsqu'un représentant de la nation est en voyage à l’étranger il ne doit pas commenter la politique intérieure de la France. Traduisez : « on lave notre linge sale en famille ». Or la déclaration de Ségolène Royal relevait, non pas d’une analyse de politique internationale, mais bien d’une stratégie développée depuis plusieurs semaines visant à s’ériger en première opposante à Nicolas Sarkozy. De tels propos n’auraient donc pas du être prononcés à l’étranger.

Deuxième erreur lorsque Ségolène royal faisait immédiatement le lien entre la mise à sac de son appartement et la main d’un supposé « clan Sarkozy ». Je considère que les élus de la nation se doivent de respecter les lois et de s’y soumettre avec exemplarité. Or, accuser quelqu’un sans preuve relève, dans le droit français, de la diffamation. Je trouve particulièrement scandaleux que Madame Royal se laisse aller à des propos aussi peu mesurés en la matière. Les lois de la Républiques sont parfaitement claires à ce sujet : lorsqu’on accuse, on doit apporter les preuves de ce que l’on affirme sans quoi l'accusation est nulle et non avenue. La politique est ce qu'elle est, avec son lot de bassesses et de misères. Certes, c'est entendu. La stratégie politique ne doit néanmoins jamais se soustraire aux règles de courtoisie et de politesse. J’entends juger les hommes et les femmes sur leurs actions et leur discours, en toute objectivité, en essayant de toujours mettre de côté mes convictions personnelles. Aussi, c’est dans cet esprit que je m’autorise à douter des capacités de Ségolène Royal à assumer la lourde responsabilité qu’implique la fonction de chef de l’Etat et je me permets cette question :

L’amateurisme dont on a taxé Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle est-il si injustifié ?

09.07.2008

Qui pensera aux autres désormais ?

Je me réjouis de la libération d'Ingrid Bétancourt.

Cette affaire montre hélas qu'en affaire de terrorisme, la fermeté est souvent plus payante que la conciliation. Ceux qui accordaient encore au mouvement des Farc un complaisant crédit devront désormais revoir leur copie. Cette libération signe la victoire sans conteste du président Colombien Alvaro Uribe qui au terme d'une opération militaire tout à fait exemplaire est parvenu à cette libération tant attendue. La France n'a pas été directement impliquée dans le déroulement de la mission de sauvetage, nul besoin de le nier. En revanche, notre pays peut s'enorgueillir, d'avoir tempéré la stratégie du président colombien qui était partisan, il y'a encore peu, d'une action armée, musclée et massive.  Une opération de la sorte a déja été menée et deux otages y ont perdu la vie, comme l'a justement rappelé madame Bétancourt. Grâce à une diplomatie d'influence, le président Sarkozy a sans doute contribué à sauver la vie de nombreux otages.

 

Néanmoins je ne peux m'empècher d'éprouver un malaise quant à cette affaire. Les braves gens vont sans doute s'endormir la conscience tranquille ce soir, heureux d'avoir à leur manière (défilé de soutien, pétitions, etc) contribué à la libération d'Ingrid. Mais qui pense désormais aux autres otages encore prisonniers dans la jungle ? Qui va militer pour leur libération ? S'il y'a une concurrence des victime (cf. Jean-Michel Chaumont), il y'a bien également une concurrence des otages. J'imagine le desespoir de ceux qui sont encore détenus et qui n'ont pas la chance de s'appeler Betancourt. Je répugne à ce genre de simplification mais force est de constater qu'une fois de plus, les puissants s'en sortent mieux que les petits.

Aussi je pose la question : Pourquoi Ingrid Betancourt a-t-elle bénéficié d'une aide aussi intense de la France ? et les autres otages beneficient-ils encore du même engagement ?


D'autre part, quelqu'un pense-t-il à Gilad Shalit, ce soldat franco-israelien détenu depuis 2006 par le Hezbollah ? Pourquoi ne bénéficie-t-il pas du même engagement et du même soutien de la France qu'Ingrid ? A croire que certaines causes ont meilleure odeur que d'autres...J'en veux pour preuve le refus de Bertrand Delanoé, maire de Paris, d'accrocher le portrait de Gilad sur le fronton de l'Hôtel de Ville.

Une fois de plus, nous assistons à un parfait exemple de détournement. Détournement d'une femme qui ne s'appartient plus à elle même, mais qui est utilisée par des groupes d'intérêts, tirant chacun la couverture à soi. Ce n'est plus la libération d'un être humain qui était en jeu, mais bien la mise en scène d'un symbole.

Merci pour la libération d'Ingrid, mais n'oublions pas que d'autres sont toujours en captivité. Ne serait ce que pour leur famille...un peu de retenu, messieurs les journalistes, dans votre fièvre célébratrice...

"Nous sommes en 1788"

30/01/2006


" Nous sommes en 1788 ". Tel est le titre du très bon article de Michel Winock dans le numéro de novembre du magazine l'Histoire. C'est par cette même phrase que Pierre Mendès-France finit son discours en 1953 lors du congrès du Parti radical à Aix-les-Bains. Si les mots faisaient montre alors d'une profonde espérance en l'avenir, la situation semble avoir bien changé aujourd'hui. En effet, on peut voir 1788 comme le préambule d'une société plus juste, d'une société plus équitable, d'une société tournée vers le progrès, mais on peut également voir en 1788, l'effondrement d'un système politique déja en déclin depuis plusieurs décennies. C'est dire si une telle formule est chargée d'ambiguité.


Je crois pour ma part que la France va mal. Embourbée dans son immobilisme, la France dispute avec peine son rang de grande puissance européenne. En effet, la France n'avance plus, la France est morose, la France doute. Le chiffre vient de tomber : le déficit français s'élève à plus de 2000 milliard d'euros. Pourquoi les Français ont-ils si peu conscience de la gravité de ce déficit national qui, loin de se résorber, stagne voire même progresse ? L'esprit d'initiative et la volonté personnelle sont des valeurs essentielles au développement d'un pays. Pourquoi les meilleurs élements de notre pays sont souvent contraints à l'exil pour trouver matière à exploiter leur enthousiasme ? Le travail est le lieu même dans lequel l'homme se reconnaît et s'affirme. Comment a t-on pu arriver à un tel degré de dévalorisation du travail dans la société française ? L'immobilisme est l'avatar de la non-productivité et de la complaisance. Comment expliquer que tous les Français s'accordent à dire qu'il faut réformer la législation mais que toute tentative de réforme soit systématiquement décriée comme néfaste avant même d'en avoir pu mesurer les effets. Les Français ne croient plus, les Français n'esperent plus et il n'est rien de plus inquiétant pour une patrie démocratique que de voir ses enfants se désinteresser des rencontres électorales.


J'espère en un avenir d'honnêteté. N'ayons pas peur de dire aux Français comment se porte leur Patrie, n'ayons pas honte de dire que la France vit une crise profonde tant sur le plan moral que culturel, ayons le courage d'avouer que nous avons pu nous tromper, ayons la responsablilité de changer. Je suis peiné de voir les grèves à répétition qui secouent la fonction publique et j'y vois la marque primaire des égoïsmes là même où il conviendrait de s'unir pour oeuvrer ensemble au redressement de la situation financière. Est-il tolérable que les usagers des transports en commun qui aspirent à travailler soient pris en otage par une minorité jalouse de ses privilèges sociaux ? Est-il tolérable que des enfants ne puissent pas se rendre à l'école en toute tranquilité ? Je ne vous parle pas de responsables politiques, je ne vous parle pas de coupables, je vous parle des mères et des pères de familles, je vous parle des gens qui ont envie de travailler, je vous parle des enfants, des lycéens, des étudiants. Ont-ils un rôle quelconque dans les conflits sociaux ? Le mouvement syndical français ne cesse de se discréditer en montrant qu'il défend plus un pouvoir de nuisance que les revendications manifestes des actifs. Les Français ne s'y trompent pas. Comment expliquer sinon qu'à peine un dixième des actifs en France soit syndiqué, là même où ils se comptent en millions de l'autre côté du Rhin ?


La France à très certainement beaucoup à apprendre de ses voisins. On a pu lire dans bien des journaux français les titres ô combien apocalyptiques sur la situation politique de l'Allemagne au lendemain des élèctions fédérales. Michel Schifres décrivait très lucidement ce phénomène dans un éditorial du Figaro : à partager les mêmes problèmes, on se sent moins seul. La France se sent seule. Seule dans l'immoblilisme, seule dans le conservatisme. L'Allemagne a choisi une voie certes périlleuse, mais courageuse : celle de la réforme. Cependant, très loin de signer sa décrépitude, je gage que les années à venir signeront la probité de ses choix politiques. N'ayons pas peur de changer. D'où vient donc cette frilosité française à l'évocation de ce mot : le changement. Il faut proposer, il faut donner le change. Le changement est ancré depuis longtemps dans la tradition politique française. Les Français ont prouvé au cours de l'Histoire qu'ils savaient être enthousiastes, volontaires, progressistes et qu'ils n'avaient rien à envier à leurs voisins. Rien n'est jamais condamné une fois pour toute et il appartient à chacun de se mobiliser pour le bien commun. Il faut redonner le goût de l'initiative personnelle aux Français, il faut revaloriser le travail, il faut refuser le carcan du conformisme, Il faut être créatif pour avancer vers le progrès, sans nous préoccuper des boulets du conservatisme et de l'immobilisme.


Alors qu'il se heurtait à l'aristocratie et au clergé dans sa politique de réforme sociale en 1788, Louis XVI eut cette phrase qui me semble d'une grande actualité : " Des privilèges seront sacrifiés; oui, la justice le veut, le besoin l'exige. Vaudrait-il mieux surcharger encore les non privilégiés, le peuple ? Il y aura de grandes réclamations...on s'y est attendu. Peut-on vouloir le bien général sans froisser quelques interêts particuliers ? Réforme-t-on sans qu'il y'ait des plaintes ? ". Voila ce qu'il faut dire. Pour réformer notre pays, il faut abroger les privilèges que certains ont soucis d'appeler, non sans malice, acquis sociaux. Des dizaines de propositions vont dans ce sens : harmonisation de l'âge de départ à la retraite, service minimum dans la fonction publique, allongement du temps de travail, réduction des congés, etc. Proposons, osons, agissons. Pire que faire de mauvaises propositions, on peut ne pas faire de propositions du tout. Une certaine idée de la France disait le général de Gaulle. Redonnons à la France un idéal. L'enjeu sera de taille et l'engagement magnifique.

Aintsedra

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Sombrent les heures,

Si chères à mon cœur.

Le cœur est droit, l’œil est vif,

Le vent du sud déjà s’attarde sur mon visage,

***

A mon cœur volent de douces fragrances,

Couleurs suaves, parfums étincelants,

C’est tout un monde qui m’appelle,

La décision est prise, que meurt ma vie,

Puisque je suis à vous, je pars, je m’en vais.

***

Par delà les mers, adieu ma terre, adieu mes souvenirs,

Je vous quitte, vibrez une dernière fois pour moi.

Elle a fait sienne les terres de mon cœur,

En moi résonnent déjà les mélodies,

Les mélopées,  qu’on trouve là-bas.

***

Ses yeux sur moi se sont posés

Couleurs pastelles, paysages mystiques

Tout en elle n’est que mystère et mirage,

Ensorceleuse, en moi tout succombe.

***

Mille frégates ne suffiraient pas, en moi

Sonne la cloche du départ.

Je suis parti, au loin des rivages,

Ma vie est là-bas, sa terre, mon pays,

Je rêve, je vogue, en un transport

Douceur et quiétude au creux de ses bras.

***

Mon pied à terre, un tourbillon

Paradoxe et incohérence, tout se mélange en moi.

Chemin sans fin sur cette petite île,

Ombre de mes jours, lumière de mes nuits,

Elle me guide, je la perds, la voila, elle avance

***

Rivage aux mille faiblesses, en elle le plus pur subsiste

Toi mon rayon, toi ma Sion

Dans tes bras pourrais-je m’oublier,

Dans mes bras pourrais-tu te lover

Attention l’heure tourne, l’île s’éloigne

Plus qu’un pas, et à la fin tu as disparu…

 

St Germain, je me souviens

Cafe-de-Flore-Tot-le-Matin--C10008815.jpeg9h55, la sonnerie retentit et le professeur clôt la dernière heure de cours. Je m’élance hors de la salle, avide de profiter de ces premiers instants de vacances. C’est agréable les cinq premières minutes de vacances. Tout a une saveur un peu autre, tout semble plus simple et aussi proche soit elle, la perspective des études n’a jamais semblé aussi lointaine. Des sourires, des rires, chacun est un peu plus décontracté, on ne retrouve plus sur les visages, cette petite angoisse rituelle du matin, appréhension de la journée qui s’annonce. Aujourd’hui commencent les vacances, alors au diable les peurs, le stresse. Je monte dans ma chambre, je prépare mon sac, il faut faire vite, les parents attendent dans la voiture. Direction Paris avec au programme trois heures de routes. Il pleut un peu, mais qu’importe, rien ne saurait me mettre de mauvaise humeur aujourd’hui. On arrive bientôt en vue de la banlieue parisienne. En avant pour le grand ballet ! Un incessant va-et-vient de voitures, des immeubles, des passants, et le rythme des moteurs. Paris, nous voilà. On vaque jusqu’au soir, en compagnie d’une sœur, de cousins, ça fait plaisir de les voir. Les vraies vacances ne commencent que plus tard. Rendez vous à 19h devant le Panthéon avec Cyprien. Il m’attend, il rêve devant les grands hommes de la nation. Poètes, conquérants et tant d’autres m’attendent avec lui. Messieurs, je vous salue. Ma valise m’encombre, nous allons donc chez Cyprien la poser. Voilà la rue Mouffetard. Tout une légende. Ca grouille, ça bouillonne, on se croirait en plein jour ! Paris tout entier me semble réuni là. Des jeunes, des moins jeunes, on voit de tout, de tout genre, de tout style. Sac posé, équipement embarqué, cheveux coiffés, cous parfumés, nous voila parti battre les pavés du quartier latin. Une brasserie accueille nos estomacs affamés et nous dégustons de gigantesques salades autour d’une savoureuse bouteille de vin d’Espagne. Merveilleux mariage dans la nuit parisienne. Et savez le plus merveilleux ? Je suis là où j’ai envie d’être. Plongés dans notre folie bienheureuse, tout le monde nous regarde. Voilà les fous messieurs dames, ne prêtez pas attention, faites comme si de rien était, laissez les à leur bonheur insensé.

Une fois rassasié, nous partons à la découverte de la ville lumière, plongés dans la magie et le mystère de la nuit. A nous l’inconnu, à nous la liberté. Au détour des rues, nous faisons les rencontres les plus incongrues, ici la mobylette sans tête, là-bas le sieur Johnny Knoxville. Prochaine destination : St Germain-des-près, un nom qui sonne comme une valse musette et qui siège, dans mon esprit, à côté des Charles Trenet, des Edith Piaf, et tant d’autres. Qui nous y attend ? Claire Léa et une de ses amies. Guillaume et Emma nous rejoignent bientôt à la terrasse d’un drôle de bar dans lequel les serveurs pakistanais nous demandent sans cesse si tout va bien. Un martini blanc, des cacahuètes grillées, que demander de plus ?! Mais la soirée s’avance  et je glisse à Cyprien que mes jambes ont une folle envie de se dégourdir. La terrasse d’un café manque un peu d’énergie hélas ! Au revoir, à bientôt. C’est tout le monde qui se sépare tandis que Fabrice, un ami de Cyprien, nous a rejoint. Nous voila donc tous les trois livrés à la liberté de l’instant.

Tout nous est permis, tout nous est offert, rien ne peut nous arrêter ce soir. Fabrice nous emmène vers le bar “Chez George” qui, parait-il, vaut le coup d’oeil. De l'extérieur, un bar tout ce qu’il y’a de plus commun : des poivrots qui sirotent au bar, une musique de cabaret en fond. C’est néanmoins au sous sol que tout se passe. Au bas d’un escalier étroit se cache la cave qui sert de caveau et là, le choc…intrigant, atypique, fantastique ! Une musique jazz américaine des années trente, des gens qui dansent sur les tables, des gens qui boivent, des qui rient, d’autres qui pleurent, et ceux qui sont plongés dans je ne sais qu’elle conversation interminable. Tous, sans exception, ont un air un peu sulfureux. Incroyable comme endroit ! Prenez cette demoiselle noire, belle et mystérieuse, chemisier rouge et coupe afro, elle descend lentement les marches, tous les regards sont tournés vers elle, prenez cette demoiselle qui raconte pourquoi elle préfère les filles entourée d’une armée de jeunes gens. Les lumières tamisent le caveau d’une lumière rouge. On se croirait dans le repère d’un groupe de révolutionnaires clandestins. Nous nous faufilons non sans mal jusqu'au comptoir. Cyprien nous commande des verres d’un vin blanc absolument imbuvable, mais qu’importe, l’ambiance est survoltée. On se croise, on se frôle, on se frotte, difficile de faire autrement dans un espace si petit. Soudain, je la vois. Elle danse sur une table, rien d’anormal, tout le monde en fait autant. Pourtant je ne vois qu’elle. Cette fille a quelque chose de différent, un je ne sais quoi de fascinant, un je ne sais quoi de pétillant dans le regard. Nous nous melons à la marée dansante, remuante. De l’extérieur, Elle semble compacte et homogène tant les gens sont serrés. Mais cette fille est toujours là, elle reste juchée, perchée sur sa table, une Juliette dans la tour pour ce Roméo que je ne suis pas. Les regards fugitifs qui nous échangeons suffisent amplement pour que j’en tombe amoureux !

Il faut que je lui dise, il faut que je lui explique, il faut que je lui raconte, Je sors mon stylo, une facture et entame un billet que je projette de lui glisser dans la main lorsque nous partirons. Mais alors que nous aurions pu partir depuis longtemps, nous sommes encore là, nous nous prenons en photo et alors qu’elle aurait pu être ailleurs, elle est derrière nous, elle rie, elle fait semblant de se mettre avec nous sur la photo. Mademoiselle, voulez vous faire une photo avec moi ? Elle refuse, je suis à faire peur, rétorque t-elle. Non mademoiselle, vous êtes surtout trop modeste. Et allez savoir pourquoi, elle se met à me parler. Et on se met à rire. La nuit est douce et j’ai le cœur en fête. Mais cette nuit est encore longue, la chaleur du bar est un peu étouffante et l’agitation donne mal à la tête. Fabrice et Cyprien me proposent de partir. Adieu, nous quittons le bar. Je ne peux cependant pas partir sans lui dire au revoir. Je lui glisse donc un au revoir au creux de l’oreille. Passez une bonne fin de soirée mademoiselle, sachez que je ne vous oublierai pas. Mais mademoiselle rie : ils disent tous ça. Je me dois à mon devoir, je dois donc faire quelque chose qu’ils ne font pas tous. Et elle était sur ce banc, moi je levais les yeux vers elle et  tout a disparu en l’espace d’un instant. Tout aurait pu s’effondrer, l’espace d’un instant, j’étais à des milliards de kilomètres. Ce bar, Cyprien, Fabrice tout s’est envolé puisqu’elle m’a donné un baiser. Elle me regarde tout près, elle me sourit et me susurre à l’oreille : tu devrais rester. Ce regard dure une éternité. Les seuls mots que je suis capable de prononcer la font rire : je suis amoureux.  Le temps passe, je vois que Cyprien et Fabrice ont envie de partir, pas question de les quitter, je pars avec eux. Mademoiselle, je dois vraiment partir. Elle se penche et me souffle : vous ne m’avez même pas dit comment vous vous appeliez. Benoît, Marion, voilà faites les présentations. J’hésite et finalement : « voulez vous que je vous laisse mon numéro », « oui oui oui !!! », elle se jette frénétiquement sur le stylo et le papier que je lui tends et m’écris « Marion, 06… ». Je m’en vais dans un dernier baiser.

C’est comme si le monde avait changé de visage, tout a l’air plus drôle, tout a l’air plus beau, c’est mon nuage. St Germain, je me souviens. Nous rejoignons le café de Flores et Fabrice nous quitte à son tour, harassé. Nous restons seul avec Cyprien, lui et moi, rien que nous deux, poètes improbables et imprévus que nous sommes. Après tout, le titre importe peu quand on sent, quand on écoute, quand on ressent. C’est comme si la ville était un peu à nous. Tout est calme, le Louvre s’ouvre aux deux marcheurs qui le contemplent, ces deux fous qui l’observent à 3h du matin passé, il nous dévoile ses plus belles lignes, c’est comme si le monument nous parlait et nous disait de mieux regarder, de mieux écouter. Alors on ne dit rien, on regarde, on écoute. Ou plutôt : on se tait, on profite de ce moment, ce moment où tout est dit, où tout n’est que suggestion, toi aussi tu l’as senti mon ami, j’en suis sur…Nous échouons dans notre quête d’un bar ouvert la nuit, alors nous hélons un taxi et rentrons au bercail. La nuit nous berce au creux de doux rêves pour ma part, des moments magiques et un sourire inoubliable. Le matin se lève aussi gris que le soir qui l’a précédé. La nuit fut réparatrice et nous sommes parés à repartir. Direction le métro, nous allons à Montmartre prendre un petit déjeuner. C’est sans doute tout à fait cliché mais je n’y suis jamais allé. Au point où nous en sommes, nous pouvons concrétiser un rêve de plus ! Les pavés s’inclinent doucement et nous sentons la pente de la butte qui s’annonce. Malgré la pluie qui règne sur le ciel depuis samedi, je suis émerveillé par la vue de Paris qui s’offre à nous, du haut du Sacré Cœur. Magnifique ! Le côté gauche de la butte est moins touristique, nous descendons les marches et finissons par entrer dans un troquet. Voila le chocolat, café, croissants, tout est la. C’est bon de savourer cet instant avec un ami, le cœur léger, autour d’une table, l’esprit tout rempli des délices de la veille. J’adore et je profite.

Mais les délices m’attirent une fois de plus : « Bonjour Marion, c’est Benoît, j’ai terriblement envie de vous revoir. Je prend un train ce soir, pourrions nous nous voir avant ? » « Je ne peux pas cette après midi, ne pouvez vous pas partir demains ? » « Ou et quand ? » « Cela veut dire que vous restez ?? 21h30 pub St Germain ! L’après midi s’écoule douce et sans anicroche. Pendant que Cyprien s’en va retrouver les émotions de son amour justinien, je m’endors et reprends des forces, bercé par les promesses de la soirée qui s’annonce. 20h, sortie de métro St Michel. La pluie martèle le pavé sans relâche. Justine nous rejoint pour un dîner qui se passe de commentaire et se résume en un grand éclat de rire. Mais déjà je sens que mon sang bouillonne, 21h15. Vite ! il faut y aller, mon intrigante de St Germain m’attend. Me voila devant le pub St Germain. Elle est en retard…c’est qu’elle viendra !  La belle arrive en se confondant en excuses pour ce retard. Ne vous souciez pas de cela demoiselle, j’ai le cœur trop heureux pour me fâcher ce soir. Et c’est dans une ambiance tamisée, très « lounge », que nous nous asseyons à une table. Tout me semble absolument parfait. Et nous avons parlé, parlé, parlé, on s’est raconté nos vies, c’était doux, agréable, simple et léger, on a ri, une improbable complicité s’est créée et nous a liée jusqu’à 1h30 du matin.

Elle me demande tout à coup « Qu’attendais tu de cette soirée ? ». Attention, question piège. J’attendais…je ne sais pas trop…je voulais vous revoir, passer une soirée agréable avec vous, découvrir un peu ma mystérieuse demoiselle de St Germain. Ma réponse ne semble pas la satisfaire, mais elle ne se vexe pas, elle ne s’énerve pas. A 300km l’un de l’autre, que pouvais je dire d’autre ? J’aurai peut être voulu dire autre chose, mais je ne pouvais pas. Ma réponse n’a pas l’air de vous plaire, que vouliez vous que je dise ? Qu’attendiez vous de cette soirée ? Mais elle ne répond pas…Elle me demande « Qu’as-tu pensé de moi hier ? Et maintenant ? Tu es déçu ? ». Non, si elle savait, elle n’imagine pas combien je suis heureux. Comment être déçu après une telle soirée ? Et vous qu’avez-vous pensez de moi ? Elle me regarde « je crois que tu es un grand romantique, candide, benêt et sentimental ». Nous éclatons de rire tous les deux. « Bonne réponse » lui dis je. L’heure tourne, tourne et s’emballe, impossible de la retenir cette satanée heure, belle et cruelle, elle ne laisse aucun répit aux étourdis. Un taxi, nous voila devant chez elle. Là où tout a commencé, là où tout finira, devant le Panthéon. Elle me dit « Je te proposerai bien de monter, mais ma sœur est chez moi». En moi, c’est aussi bien comme ça. Pour la première et dernière fois de la soirée nous nous embrassons et, dans un dernier regard, elle disparaît dans la pénombre de sa porte d’immeuble.

Moi je rentre à pied...Ce n’était sûrement pas une demoiselle pour moi, mais, j’ai quand même passé une soirée magique. Je suis content de ne pas être monté chez elle, de ne l’avoir embrassé qu’en la quittant, cette soirée est restée simple, légère, innocente. Ce n’était pas une simple rencontre, pour moi c’était bien plus. Deux inconnus que rien ni personne ne semblait devoir présenter. Deux inconnus qui ont profité de leur liberté l’espace d’une soirée. C’était beau comme une histoire d’enfant. Une histoire d’enfant, après tout, ce n’était rien d’autre que cela. Paris, la nuit, c’est joli, on pense, on rêve. Moi j’ai rêvé d’elle. Ne m’oublie pas ma demoiselle, moi je ne t’oublierai pas. Une parmi d’autres m’as-tu dit ? Si seulement … Mais tu resteras à jamais la seule, l’unique demoiselle de St Germain. Je suis comme ça, j’ai besoin de dire les choses ainsi parce que je les pense ainsi.  En revenant chez Cyprien j’ai repris le chemin de la rue Mouffetard. Je suis le seul inconscient à être encore debout à cette heure. Maintenant j’entends le bruit de mes chaussures qui claquent sur le sol, tel les clics et les déclics de la montre du temps qui passe et qui s’évade à nouveau. Ces aiguilles qui avancent et m’indiquent que déjà mon heure parisienne a sonné, déjà il est temps de penser au départ. Je m’allonge dans l’obscurité de l’appartement, tout le monde dort. Tout le monde sauf moi, moi qui rêve, moi qui repasse le film de cette soirée, puis celui de ce week-end.

Si la vie est un film de rien, alors ce passage là était bien. Et Paris, et Paris…St Germain, Montmartre, la mobylette-sans-tête, merci messieurs-dames-de-la-comédie. Merci d’avoir joué ce séjour pour nous. Et merci à toi, mon ami, mon frère, je te dédie ces lignes, merci de cette amitié qui nous lie, n’oublie pas ce que je t’ai dit ce soir là, n’oublie pas,… Paris, te quiero

Ôde pour les écorchés


Que serais-je sans votre existence ?

Vous qui, de ma vie avez illuminez la morosité,

Terne et insipide, qui de vous réclame un baiser.


***

Je rève, mais votre présence, complice et rassurante,

Tarde à venir et déchire mon coeur et me hante

De vous voir à mon côté, je rève, mais déjà vous êtes un peu là,

Puisque dans mes pensées, je vous vois.

***


A vos pieds déjà je me jetterais,

Rattraper cet amour déjà révolu, dissipé, envolé, enterré.


Laissez cependant, laissez moi tout près de votre coeur, Laissez.

La douce chaleur de votre sein d'eben,

En mon âme a laissé l'esquisse de l'Eden.


Touchez mes doigts, liez nos mains, ne les lachez plus,

Ma peau, sèche et morte, n'attend que la jouvence de votre souffle.

***

Déjà le soir s'invite et les ombres s'emparent des rues.


Posez votre tête et dormez en mon creux puisque je veille.

Contre les tempètes, les cataclysmes et toutes les apocalypses,

Laissez moi être le plus imprenable des remparts.


Vous brisée, vous ruinée par les hommes, la vie, scélérate traitresse.

Elle, morne et insipide a qui votre présence seule,

Hors de toute autre, vient redonner sa noblesse.

***


Dormez mon ange, ma fée, mon héroine, et dans mes bras,

Prenez votre repos, ne craignez plus, puisque je suis là.


Voguez dans mes bras en des terres plus sereines

Vous l'innocence, vous la vie, vous ma vie.

Vivez pour mon bonheur, souriez puisque je vous en conjure. Souriez vous dis je,

Partez si bon vous semble, mais souriez,


***

La vie, ma vie, futile et fut-elle errance en ce monde, n'aura existée que par vos baisers.

Vous, fille de la terre noire, siégez à jamais dans le palais de ma mémoire.


Dépassé, oublié, tel est notre amour et pour toujours.

Mais gardez de moi un sourire, une larme, ou un peu des deux

Et meurent les jours pourvu qu'on les vive à deux.

***


Moi qui aurait voulu, moi qui aurait pu, moi qui aurait du

Moi le fou, le prince, l'étouffé, l'abandonné et au bout du compte : l'écorché.

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