16.07.2008

Et si Dieu n'était pas mort ?

« L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue ». Cette maxime bien connue de tous semble être devenue le maître-mot de notre société. Une société de l’hyperconsommation, une société qui vit dans l’instantané, une société dans laquelle l’absolu tend à céder la place au relatif et à la contingence. Néanmoins, cette formule nous renvoie à la question de notre place au sein de cette société et aux attentes que nous pouvons ou devons formuler au sujet de notre propre existence.

Que penser d’une telle formule ? Je rebondis donc sur un article publié par Xerbias dans lequel celui-ci présente la base de la morale dans notre société. Il me semble pour ma part qu’il y’a quelque chose d’inquiétant dans une société telle que la notre. Société qui valorise l’accumulation de biens matériels et encourage la dictature du « toujours plus ». L’argent et son amassement deviennent non plus des moyens d’avoir une vie meilleure, mais une fin en soi. Je constate en outre l’avènement du social qui s’invite dans tous les domaines de la société. Mais derrière le social, c’est encore l’argent qui pointe. Les associations se déclarent désormais toutes à but social afin d’obtenir plus d’aides de l’Etat. Les citoyens réclament toujours plus d’allocations sociales. La politique s’efface peu à peu derrière le social et cette immense manne financière à partager aux grès des gouvernements. En un mot, on ne parle plus que d’argent dans la sphère publique. Quant à la sphère privé, les écrans plats ont déjà envahis tous les foyers ou presque... Or il me semble qu’une société qui n’a plus pour seul horizon que la satisfaction de ses besoins matériels est une société dans laquelle règnent la désespérance et la perte de valeurs.

Dans ces conditions, je pense qu’il est nécessaire de repenser une place pour la notion de Dieu au sein de la société. Voulant éviter toute confusion, je ne parle pas nécessairement d'un Dieu en tant qu'être doué de raison, omniprésent et tout puissant. Je parle plutôt d’un Dieu sous la forme d’un absolu à atteindre, une idée motrice permettant à l'Homme de se sublimer à travers la recherche de cette idée. Si l’Homme moderne est en proie au doute et à la perte de ses valeurs, il me semble que c’est justement parce qu’il a perdu ce rapport à l’absolu qu’entretenaient les civilisations passées. En effet, tout semble aujourd’hui relatif. Toutes les valeurs que l’on tenait pour universelles sont aujourd’hui malmenées. Charles Péguy disait : « Tout l’avilissement du monde moderne, c'est-à-dire toute la mise à bas prix du monde moderne, tout l’abaissement du prix, vient de ce que le monde moderne a considéré comme négociable des valeurs que le monde antique et chrétien avait considéré comme non négociables ». Développement du commerce d’organes, débat sur le problème des mères porteuses, Transgénèse, mariage homosexuel, renoncement face aux intégrismes, etc. La société semble vaciller, prise d’un malaise grandissant, faute de n’avoir plus d’absolu, plus de principes universaux à quoi se tenir.

 
Il me semble donc que le concept de Dieu mérite une réhabilitation au sein de notre société moderne. Une citation a grandement éclairé ma réflexion à ce sujet. Edgard Quinet disait qu'une société "qui perdrait l’idéal de Dieu perdrait par là même tout idéal". Edgard Quinet ne parle pas, selon moi, du Dieu des religions, mais plus d’un principe absolu vers quoi l’Homme peut trouver des raisons d’espérer et de croire. Dieu peut donc prendre de multiples formes. Certains y verront le Dieu des religions du livre, d’autres y verront la quête de la vérité suprême et d’autre encore y verront la Nature et le flux qui la mène. Peu importe la forme. Dans le Capital, Karl Marx écrivait que la religion est « le soupir des créatures tourmentées, l’âme d’un monde sans cœur, elle est l’esprit de situations dépourvues d’esprit. Elle est l’opium du peuple ». Dieu n’est pas la religion et la religion n’est pas Dieu. Mais si tel était le cas et si Marx avait raison, Dieu ne me semblerait que plus respectable. Car il ne me semble pas que le monde tel qu’il est soit si resplendissant que nous puissions faire l’économie d’une espérance en un au-delà universel et absolu.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://chroniquescontemporiennes.hautetfort.com/trackback/1706991

Commentaires

salut,
très intéressante réflexion. L'absolu a pour moi, toujours, un double visage : celui, moteur, de nous entrainer plus loin, au delà de ce que nous sommes. Et celui, destructeur de nous faire oublier la lucidité indispensable de garder à l'esprit, toujours, notre finitude.

On pourrait dire que le premier visage c'est le désir, l'amour de ce qu'on a pas, qui fait agir. Donne des ailes et du sens. Et le second visage en est la continuation naturelle, lorsque le désir n'est pas bien compris et vécu : trop loin, sans garde-fous, l'aboslu devient un monstre, à la source de toutes les idéologies barbares.

Sachons garder l'un sans jamais tomber dans l'autre : encore un équilibre à trouver.

à bientôt et merci pour cette réflexion...

Ecrit par : LOmiG | 17.07.2008

Ok, mais finalement, le crime des idéologies barbares, n'est ce pas d'avoir tenté de détruire un absolu en le rendant controlable par l'homme ? Et donc que ce qui est néfaste pour l'Homme, c'est de vouloir abaisser la grandeur d'un absolu en essayant de lui donner forme humaine. Ainsi, plutôt que d'essayer d'atteindre l'absolu en se surpassant, l'Homme, par paresse ou aveux de faiblesse, essaie plutôt d'amener l'absolu à lui. Mais c'est bien évidemment une entreprise liée à l'échec. Car réduit à l'échelle humaine, l'universelle devient bornée et imparfait, tout comme l'est l'être humain...lol, C'est un peu clair ce que je raconte ou il est temps que j'aille me coucher ?? ^^

Ecrit par : Ben | 19.07.2008

Ecrire un commentaire