09.07.2008
L'autre Paris...
Métro 7 - Direction La Courneuve…
Paris, ville lumière. Ville scintillante mais qui connaît sa part d'ombre et les laisser-pour-compte des joies parisiennes sont nombreux à errer dans ses rues, abandonnés et délaissés. C'est dans les entrailles sombres du métro que l'autre Paris m'est apparu. A la lueur des néont blafard, j'ai vu un oublié. Il y'a le Paris qu'on aime et le Paris qu'on essaie d'oublier. Un Paris trop dérangeant ? Trop peu ou trop, tout simplement.
Alors que la rame m'emmène vers les joies d'un Paris dont je goûte les saveurs, un petit homme entre dans le métro. Court sur patte, petites lunettes vicées sur le cap Gris-Nez, tout dans ses gestes et sa posture traduit la fragilité. Il ne me restait plus qu'à croiser son regard pour être bouleversé. Dans ses yeux j'ai vu la souffrance. Dans ses yeux j'ai vu le desespoir. Dans ses yeux j'ai vu cet autre Paris qu'on essaie de cacher et qui cogne comme un coup de poing lorsqu'il se découvre. Approchez braves gens, voici les gars du dessous, voici les seigneurs des entraîlles, Princes d'un royaume de ténèbres et de solitude. Ils résonnent et raisonnent au rythme des pas des marcheurs, au rythme des crissements de pneus. Du fond des coins sombres de la terre, ils vivent dans les échos qui parviennent de la surface. Ils rèvent parfois de tout ce qu'ils entendent. Ils se traînent de stations en stations, fuyant un monde dont ils sont prisonniers. Ils sont nombreux à arpenter le métro, à la recherche de quelques pièces de monnaie. Parfois un passant leur glisse quelques sous au creux de la main. Certains les dépenseront dans une bouteille, poivrots et ivrognes se comprennent, histoire d'oublier un peu la crasse et le désamour. Certains iront s'acheter une baguette à la boulangerie du coin, histoire de remplir un estomac qui a faim depuis bien trop longtemps. Une fois “racasiés”, ils s'en retourneront dans les profondeurs du métro, petits rats d'égoûts. Ils iront se cacher du regard du monde et des lumières insensibles de la ville au dessus. Ceux sont les trente deniers de Juda que nous payons pour oublier. Oublier une humanité qui n'est pas faite d'assez de pailletes, une humanité qui ne scintille pas comme il faudrait. Une humanité qui renifle et qui sent le pinard. Ils sont les deshérités, les mendiants, ils sont les clochard, ils sont les dormeurs du métro, bêtes de sommes, ils sont les malaimés de Paris.
C'est ce petit homme qui me sortit de mes pensées. “Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je m'appelle Patrick et je suis obligé de vous importuner aujourd'hui car je suis sans emploi depuis 1 an. Je vis dans la rue de la générosité des gens et je suis obligé de faire la manche pour conserver un reste de dignité”. La dignité, voila les mots qu'il fallait prononcer. Pourquoi donne-t-on parfois ? pourquoi ne donne-t-on pas ? On donne parce que certains trouvent les mots justes, les mots qui nous atteignent. Dans ce métro, ses mots-la m'ont cogné fort. Un coup de matraque en pleine poitrine. Le genre qui vous coupe la respiration et vous laisse sur le carreau. On se sent toujours coupable d'éprouver de la pitié. Oui, j'ai ressenti de la pitié. Et alors ? Eprouver de la pitié, c'est nier les clivages et les normes afin de faire d'autrui son semblable. C'est redonner un sens à l'humanité de celui qu'on a rejeté. Eprouver de la pitié, c'est reconnaître la dignité de celui qui souffre. J'ai sorti un sous et l'ai tendu à ce petit homme. “Merci Monsieur, que Dieu vous bénisse, je ne vous oublierai pas de là haut”. Plongé les yeux dans les yeux, une impuissance honteuse et amère me prit à la gorge. J'aurai voulu faire plus, mais que peux-t-on ? Que Dieu me bénisse, laissons le là ou il est celui là, son heure viendra. Je n'aurais pu rester plus longtemps dans le métro. Il me fallait sortir, respirer autre chose que l'atmosphère nauséabonde et blafarde du sous-sol. La ville peux dormir tranquille ce soir. Les lumières continueront à briller de mille feux. L'argent continuera à couler à flot. On continuera à deviser de la vie et de la mort, en pleine certitude de tous nos principes et l'on riera au son des “Bling-Bling”. Dormez brave gens puisque les rues sont saines et belles, mais rappeler vous qu'on fond de la terre, on meurt, on souffre et on s'endort dans l'oublie…
11:41 Publié dans Chroniques d'un travailleur parisien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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