30.05.2006
Questions au sujet du CPE
Nul ne peut plus le nier : loin de se résumer à une simple contestation du Contrat Première Embauche, la crise que connaît aujourd’hui la France est d’avantage le fait d’un malaise profond qui touche la population dans son ensemble. Blocage des universités, jeunesse dans la rue, affrontements et débordements violents sont les réalités d’une société en proie au doute et à l’inquiétude
Voila deux semaines maintenant que le mouvement anti-CPE fait trembler les pavés des villes françaises. La contestation, d’abord à l’initiative des syndicats étudiants, a très vite été rejointe par les syndicats de travailleurs et les partis de gauche qui y ont trouvé un terrain propice à l’opposition au gouvernement en place. Soixante neuf universités sur quatre-vingt quatre aujourd’huis bloquées ou soumises à de graves perturbations et des centaines de milliers de personnes dans les rues sont les avatars des opposants au CPE. A l’heure actuelle, la situation semble bel et bien bloquée et on peut craindre une radicalisation des forces en présence dans les temps avenirs. Des débordements violents n’ont d’ailleurs pas pu être évités comme on a pu le voir dans la capitale avec des scènes de racket organisé, des incendies de voitures et des agressions, verbales et physiques.
Les sondages montrent néanmoins qu’une infime minorité des manifestants a lu le texte qui organise le Contrat Première Embauche. Détail, diront certains. C’est cependant toute la crédibilité des opposants au CPE qui s’en trouve affectée. Tout le monde sait ce que le CPE propose, répondent ses détracteurs. Certes, mais n’est ce pas là la porte ouverte aux interprétations les plus fantaisistes ? De fait, on peut regretter un manque d’information de la part du gouvernement, mais on peut reprocher aux organisations syndicales et aux partis d’extrême gauche une désinformation menée au nom d’une logique partisane et idéologique quasi-avouée.
Il va sans dire qu’une telle situation a de quoi inquiéter, qui plus est, quand elle survient à moins d’un an des échéances électorales, et notamment de l’élection présidentielle. En effet, il est extrêmement dangereux pour un pays d’aborder les rencontres électorales dans un tel climat de tension, faisant craindre une possible crispation des électeurs sur les extrêmes comme en 2002. De façon plus générale, c’est la démocratie française toute entière qui est fragilisée par cette crise. Quand on explique que le vote à main levé est plus démocratique que le vote à bulletin secret, quand on légitime l’occupation et le saccage de locaux en tant que forme de liberté d’expression, et quand des élus annoncent qu’ils n’appliqueront pas la loi, cela signifie une perte de sens pure et simple du mot République.
Un éditorialiste du Washington Post écrivait récemment qu’un pays dans lequel des millions de gens peuvent descendre dans la rue et prétendre faire la loi pour des millions d’autres constitue la fin de la démocratie républicaine. Ebranlée dans ses fondements, la France n’a plus foi en l’avenir et en ses élites. C’est en ce sens qu’elle traverse une crise profonde qui se manifeste par une incompréhension grandissante et une impossibilité de dialogue au sein de la société française. La voie de la réforme est nécessaire, reste à savoir si la France trouvera la force de surmonter ses blocages et le malaise qui se répand parmi les citoyens.
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