20.02.2006
Critique de la critique des caricatures
Les attentats du World Trade Center, le 11 septembre 2001 ont montré au monde de quoi était capable le terrorisme en terme de violence physique. Nous assistons aujourd’hui à un nouveau mode de terrorisme, intellectuel cette fois. Les caricatures et les violences qu’elles ont entraînées le montrent explicitement. En effet, tout comme l’URSS en son temps, l’islamisme radical semble avoir conquis l’hégémonie culturelle dans nos pays occidentaux. Et force est de constater que face à l’attitude offensive de l’islamisme, nous subissons, voire même, nous reculons. Pour certains, nous avons à faire face à un nouveau Munich 1938. Adopterons-nous la posture du renoncement ou défendrons nous les valeurs qui fondent nos démocraties occidentales ?
Posons-nous la question : qu’est ce que la laïcité ? Il semble que cette notion soit si galvaudée que plus personne n'est capable de la défendre quand elle est mise à mal. La laïcité est un principe de séparation du pouvoir religieux et du temporel, les églises n’ayant aucun pouvoir politique. Elle se fixe sur un universalisme républicain qui entend promouvoir ce qui unit au détriment de ce qui divise et témoigne d’un souci de fonder le lien social sur des valeurs non religieuses. Plus simplement, la laïcité garantit à chacun la liberté d’exercer la religion de son choix. Ainsi, un pays laïque est un pays dans lequel on a le droit d’être musulman, mais aussi de ne pas l’être et rien ne saurait interdire à qui que ce soit de se moquer du Pape, de Yahvé ou de Mahomet. C’est le principe de la liberté de pensée et d’expression. C’est le droit le plus strict de chacun que de critiquer autrui. Si tel n’est pas le cas, c’est le fait des dictatures les plus abjectes.
Cependant, on constate que certains se posent la question du bien-fondé des caricatures parues au Danemark. Il est affligeant de voir nos politiques condamner les caricatures danoises afin de « ne pas froisser certaines communautés », de respecter leurs convictions et de ne pas les offenser. Va-t-il falloir interdire les guignols de l’info sur Canal + parce qu'ils froissent certains politiques ? Va-t-il falloir interdire le Canard enchaîné pour les satires qu’il fait de certains dirigeants ? Il est clair que non. Demandons-nous alors ? Pourquoi faudrait-il interdire des caricatures sous prétexte qu’elles peuvent froisser nos compatriotes musulmans, sans parler des musulmans qui habitent de l’autres côté de la planète qui pourraient eux aussi s’estimer offensé ? Les interdits religieux ne valent que pour les adeptes d’une religion et rien ne peut entraver la liberté de conscience, tout comme celle de caricaturer Mahomet ou le chef spirituel d’une autre confession. Les musulmans du monde entier s’insurgent contre ces représentations de leur prophète, on peut comprendre leur émotion. Mais c’est la règle de la démocratie que de préserver à chacun un droit de critique.
Comment ainsi ne pas être inquiet de voir la faiblesse de nos hommes politiques face à l’offensive des islamistes radicaux ? La politique du renoncement, comme la présente le politologue Frédéric Ansel, n’est rien d’autre qu’une politique de l’autruche. Le fait même que certains intellectuels acceptent le débat de savoir s’il est bon ou non de représenter la figure de Mahomet dans des caricatures est déjà, en soi, négation et remise en question de nos valeurs démocratiques. Personne ne soulève de telles questions quand Jésus Christ ou le Pape sont caricaturés dans la presse d’influence musulmane.
Dans une démocratie et dans la laïcité, la religion, c’est du domaine privé. La loi de la religion, ca n’est pas la loi de la société
12:40 Publié dans Politique et reflexion | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note







